Inexistence
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Comme ma vie allait là s’arrêter
Et comme envie hélas va s’éreintant,
J’avais, d’aveux, délové tant et tant
L’écheveau de mes destins à traiter,
Tel qu’affrétant les vaisseaux de mémoire,
Je m’allais perdre aux solitudes grasses
D’un immobile océan de sargasses,
Mer miroitante, en son étale moire,
De tout un monde immense de reflets
Sous l’efficience impavide du ciel,
Azur, absence ivre d’air et de sel
D’où descendent en noirs fantômes les
Etincelants souvenirs carnivores
Aux airs obtus de rives vers le havre
Promis d’un rêve interdit qui me navre,
M’évoque en vain, de faunes et de flores,
Le temps jauni sur leurs sourdes rumeurs,
Mort ramassée en un ignoble mur ;
Nature, hégémonie ! A ton deuil pur
Je participe ! Et moi-même me meurs,
Etant l’enfant néfaste de la bête
Intransigeante aux désirs implacables,
Au mal-vouloir de chaînes et de câbles,
Que son intelligence absente hébète !
Ainsi le grand feu sombre à l’horizon
D’un futur long de rires vifs d’enfants,
De l’éclair brun de biches et de faons,
Un monde sage où luirait la raison ;
… Et je m’allais, de mon vol noir d’augure,
Dénonçant l’Ogre et combattant mes larmes,
Vers la magie assiégée, aux vacarmes
D’un être humain qui ne sait ni ne dure.
J’ai vu de loin tout ce pandémonium,
Participé du désastre insolent,
Précipité le sort du monde lent
Pour, par son bas, fumer le géranium !
