Les arches d'alliance
1
Elle est tremble effrénée ainsi près de mon être
La nervure en sa feuille une foliole à naître
Un ton si neuf qui semble une peau de tambour
Brisant de sa musique un air pris à rebours
Elle est l’arbre elle semble en tremblant dans son corps
Une Rose qui effleure et s’irise encore
Dans ton cœur un dictame une branche admirable
Comme l’arche du ciel après la pluie durable
Sceau double qui te trouble aux toiles de tes maîtres (1)
Signant la prose en pleur du monde où sont les reîtres (2)
Les sons nous charment nos armes et hameçons
Tendus de nos chaînes à délivrer leçons
Bout l’eau la belle âme y puise aux roseaux des berges
Les flûtes pour cent sons s’éveillant qui hébergent (2)
Entêtante et feutrée la mesure à réjouir
Le séjour forestier de frondaisons à ouïr
Cerise d’un sourire aux roses de tes joues
Tu es la brise en ta brassée dépassant sous
La garde d’une allée l’haleine en toi ce baume
Élidant dans mes sens les maux dont je ne chôme
Afin que m’effaçant je m’effraie de ta force
Quand ardent d’avoir tant tardé de rude écorce
Mon tronc fait bloc tu l’étreignes et me délivres
Moi l’homme aux effets nus la teigne avec ses livres
Qui discours mais ne sais dans le gynécée voir
Celle qui porte clé d’un seuil aux claies d’ivoire (4)
J’entre en ton espérance où ton ventre m’attend (5)
Satan se vautre en mâle où tu l’affames tant
Il paraît une flamme en morsure qui lèche
Se dressant au Levant où le soleil est mèche
Tes cheveux des reflets de lune s’argentant
Avec vœux que complets l’une et l’autre s’entant
La mort sûre en la suite éteigne nos douleurs
Ne laissant qu’un doubleau à la voûte aux couleurs (6)
*-*
*-*
*-*
(1)
Jean-François Millet et John Everett Millais ont tous deux peints des arcs-en-ciel doubles dans les toiles « La Jeune Aveugle » (Millais, 1856) et « Le Printemps » (Millet, 1865)
(2)
« La Prose du monde » est le titre en essai du philosophe Maurice Merleau-Ponty où il est question du peintre renaissant Masaccio (voir la note 6)
(3)
Voir « L’Après-Midi d’un Faune » de Stéphane Mallarmé
(4)
« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible » (incipit de « Aurélia ou le Rêve De La Vie » de Gérard de Nerval)
(5)
« Vous qui entrez, laissez toute espérance » (Dante, La Divine Comédie, L’Enfer, Chant) : in scription à la porte de l’Enfer (comme « Arbeit macht frei »)
(6)
Un « arc-doubleau » est un arc qui semble doubler la voûte par-dessous en perspective dans une nef romane. Dans une nef gothique l’arc-doubleau est synonyme de « nervure ». Voir « La Trinité » de Masaccio (1425)
La nervure en sa feuille une foliole à naître
Un ton si neuf qui semble une peau de tambour
Brisant de sa musique un air pris à rebours
Elle est l’arbre elle semble en tremblant dans son corps
Une Rose qui effleure et s’irise encore
Dans ton cœur un dictame une branche admirable
Comme l’arche du ciel après la pluie durable
Sceau double qui te trouble aux toiles de tes maîtres (1)
Signant la prose en pleur du monde où sont les reîtres (2)
Les sons nous charment nos armes et hameçons
Tendus de nos chaînes à délivrer leçons
Bout l’eau la belle âme y puise aux roseaux des berges
Les flûtes pour cent sons s’éveillant qui hébergent (2)
Entêtante et feutrée la mesure à réjouir
Le séjour forestier de frondaisons à ouïr
Cerise d’un sourire aux roses de tes joues
Tu es la brise en ta brassée dépassant sous
La garde d’une allée l’haleine en toi ce baume
Élidant dans mes sens les maux dont je ne chôme
Afin que m’effaçant je m’effraie de ta force
Quand ardent d’avoir tant tardé de rude écorce
Mon tronc fait bloc tu l’étreignes et me délivres
Moi l’homme aux effets nus la teigne avec ses livres
Qui discours mais ne sais dans le gynécée voir
Celle qui porte clé d’un seuil aux claies d’ivoire (4)
J’entre en ton espérance où ton ventre m’attend (5)
Satan se vautre en mâle où tu l’affames tant
Il paraît une flamme en morsure qui lèche
Se dressant au Levant où le soleil est mèche
Tes cheveux des reflets de lune s’argentant
Avec vœux que complets l’une et l’autre s’entant
La mort sûre en la suite éteigne nos douleurs
Ne laissant qu’un doubleau à la voûte aux couleurs (6)
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(1)
Jean-François Millet et John Everett Millais ont tous deux peints des arcs-en-ciel doubles dans les toiles « La Jeune Aveugle » (Millais, 1856) et « Le Printemps » (Millet, 1865)
(2)
« La Prose du monde » est le titre en essai du philosophe Maurice Merleau-Ponty où il est question du peintre renaissant Masaccio (voir la note 6)
(3)
Voir « L’Après-Midi d’un Faune » de Stéphane Mallarmé
(4)
« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible » (incipit de « Aurélia ou le Rêve De La Vie » de Gérard de Nerval)
(5)
« Vous qui entrez, laissez toute espérance » (Dante, La Divine Comédie, L’Enfer, Chant) : in scription à la porte de l’Enfer (comme « Arbeit macht frei »)
(6)
Un « arc-doubleau » est un arc qui semble doubler la voûte par-dessous en perspective dans une nef romane. Dans une nef gothique l’arc-doubleau est synonyme de « nervure ». Voir « La Trinité » de Masaccio (1425)
