Le rendez-vous des Anges - 2e partie
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* * * * * Conte - Suite * * * * *
Ce soir, donc, comme chaque soir après fermeture de l'église, elle regagne son immeuble avec aux lèvres un délicat sourire et dans sa poche (une autre que celle réservée au chapelet de nacre) le trousseau de Notre-Dame-des-Anges, dont le clef majuscule de la porte principale. Coup d'œil circulaire sur le palier. Enfant assez capricieux chez les Untel, Zonzonnement d'une télé chez les Machin. La routine, rien à signaler, elle peut rentrer chez elle. Tiens ? Le chat ne se manifeste pas ?... Ah oui, c'est vrai, il est mort au printemps dernier. Sans bruit, de vieillesse, au cours d'une sieste. C'est mieux ainsi, pense Marie-Angélique. Son tour, à elle arrivera sans tarder, elle le sait, et la pauvre bête ne restera donc pas seule, sans affection, sans nourriture également.
Elle se fait chauffer une petite casserole de soupe, où elle cassera deux tranches de pain grillé en guise de croûtons. Elle sort du frigo un yaourt nature, où elle versera un peu de sucre roux croustillant, son régal. En Carême, elle ne met pas de sucre, et tous ceux qui la connaissent vous le diront : c'est là de sa part un sacrifice d'une grande valeur. Son repas s'achèvera par deux carrés de chocolat noir à la fleur de sel (noir tout court en Carême). Puis infusion de verveine et mots croisés. Douce soirée en perspective … Mais où sont ses lunettes ? Ses indispensables lunettes-pour-voir-de-près ? Pas dans la chambre … Ni à la cuisine (on se demande bien ce qu'elles y feraient). Dans l'entrée, peut-être ? Non … Sur la tablette du lampadaire du séjour, alors ? Pas plus de lunettes que de vélo, tiens ! Ah ça mais … Mais sapristi ! Elles sont "là", sur un banc à l'église, pile face au tabernacle ! Marie-Angélique les a prises cet après-midi, comme chaque jour, pour lire quelques prières dans le petit livret jauni qu'elle garde dans son sac-à-main. Car elle va toujours à l'église un peu avant la fermeture, tant il lui est doux de passer du temps en ce lieu. Mince alors ! Pas de lunettes-pour-voir-de-près, ça veut dire pas de mots croisés ce soir. En Carême d'accord, mais là … eh bien ce n'est pas Carême !
Marie-Angélique ne fait ni une ni deux, elle file à l'église récupérer ses chères lunettes. Dans la rue, le vent semble s'être arrêté au feu, comme pour lui laisser le temps de passer. La grande et longue clef tourne sans effort dans la serrure et le ventail pivote sur ses gonds sans émettre son grognement coutumier de vieux bonhomme cueilli en plein sommeil. Marie-Angélique ne pense pas à désactiver l'alarme, alors qu'elle le fait chaque matin. Elle va droit devant elle, sa lampe-torche à la main. Les interrupteurs commandant l'éclairage de la nef et du chœur sont dans la sacristie, et il s'agit ici de récupérer ses besicles vite fait et de rentrer fissa faire ses mots croisés.
* * * * * A suivre * * * * *
