Aux sourds
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La musique aux mots n’aimez ?
Vous restez sourds à tout rythme ?
Nulle lettre n’est un hymne
Qui, plus loin que votre nez,
Chante avec la voix bénigne
Des éternels nouveau-nés ?
Pauvres gourds d’oreille interne,
Malheureux durs de l’esprit,
Dont le ciel jamais ne rit
A l’hydre, si loin de Lerne,
Que le langage décrit
Hors de l’atone et du terne !
Qu’aux méandres de ses bras
Le delta d’azur emporte
Votre muse - jamais morte -
Et les mièvres embarras
Qui, barrage, digue ou porte,
Grisent les feux bleus d’aras,
Ternissent les symphonies,
Assèchent fleuves et mers
- Et me tapent sur les nerfs !
Toi qui l’ondulation nies,
Qui réfutes les steamers
La nue aux vapeurs amies,
Ta carence est l’iléus !
(De l’iliaque à l’Odyssée,
Coincée, ô note irisée.. )
Et quand siffle l’uræus
Sur l’idée inapaisée
Rien n’atteint ton nucleus.
