Post mortem
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Nous avions existé, vous ne le sauriez croire,
Insouciants, joyeux, vrais larrons de la foire !
…Tout semblables à vous, jeunes gens qui jugez
Les intérêts aînés comme autant de hochets,
Vous qui semblez tenir en vos mains quelque chose,
Que vous verrez ternir, car bien brève est la rose,
Vous qui riez du birbe et des vieilles Vénus,
Si vous êtes chanceux, du hasard retenus,
Vous goûterez parfois des retraites heureuses…
Lors, chenus, repensez aux folles têtes creuses
Dont vous avait doté quelque diable malin
Pour vous faire oublier qu’à leur tendre une main,
- A ces morts que retient votre mémoire arquée -
L’excommunication n’était pas appliquée !
… Et maintenant, bavant sur vos mornes plastrons,
Vous trouvez l’âge tendre ignoble ! Et trop poltrons
Pour oser regarder bravement vers l’arrière,
Vous le taxez d’ornière – et que jeunesse est fière !
Et vous, nouvellement à la vie apparus,
Sachez que les grands cours d’eau ne sont que des rus,
Et qu’il n’est qu’illusion d’encenser votre histoire…
Nous avions existé, vous ne le sauriez croire…
