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Les bijoux du passé
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Le lion de la place au centre du village
Ne racontera plus l'histoire de Bavans,
Combien, au souvenir, le passé devient sage.
Le bon sens de jadis n'est plus que de l'encens,

Mais ailleurs, c'est pareil, la Lougres se désole
En serpentant au bois, son silence pesant
Fait penser à la cour de la défunte école,
Hier ne compte plus bien triste est le bilan.

Adieu les paysans, l'étable et les vaches
Et les sons familiers, le patois des anciens
Répondant à l'automne au tumulte des haches,
Ne reste de ces bruits que les abois des chiens.

C'est un sombre constat, l'enfance est sans issue,
Elle nous dit tout bas que rien ne peut durer,
Aujourd'hui quand je pense aux jours morts de ma rue
Un rossignol en moi, pleure son vieux verger

Et je revois le Doubs aux berges romantiques,
Se mêle à ce vestige un coin de Blussangeaux,
Je sens sourdre en mon for, l'âme des basiliques,
La bonne odeur de foin, la musique des eaux.

J'impose le rebours à l'horloge du temple
Et j'entends les grillons, la mésange s'y met,
C'est une plaine en fleurs que mon rêve contemple,
Je veux garder ce baume au sommeil d'un coffret.

Sous la dolente cendre, un parfum d'aubépine
Renouvelle un écho, c'est celui du coucou,
En ouvrant le bouquin, ma mémoire orpheline
Ressuscite mon père alors renaît le goût,

Authentique et fameux du café de Mathilde,
À Voujeaucourt aussi, le canal se souvient
D'un pêcheur Bourguignon, un amas d'or ou guilde
Rutile comme eau vive ; à mon âme revient

La saveur des étés, l'herbe de la Prétière
A-t-elle encore le vert, semblable à ces jours-là,
C'est au milieu des blés que plonge ma prière
Pour retrouver les fleurs, que le temps profana.

Je garde ce bonheur dans une tour d'ivoire,
On ne vieillit jamais tant que résonne en nous,
Sur la corde du cœur, cette note blanche ou noire,
Dans mon coffre d'argent, ces jours sont des bijoux.

© Poème posté le 11/05/2022 par Romantico

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