Il s’élève en douceur dans sa frêle cabine
Comme glisse un serpent le long d’un cocotier
Parvenu aux boutons de cette maigre échine
Ivre de sa hauteur il est roi du chantier
Le grutier scrute alors d’un long regard sans faille
Le monceau colossal gisant sur le goudron
Soulevée dans les airs la tôle en éventail
Donne à l’étique grue le profil d’un dragon
Soudain le tintement de ses chaînes grelotte
En posant son fardeau massif et encombrant
Si magistralement que son œil en clignote
Avant de déployer son grand bras conquérant
Pas une secousse et pas un grincement
Ne viennent altérer sa vigueur chevaline
Ainsi qu’un cavalier qui soigne sa jument
Le grutier lubrifie le treuil de sa machine
Dans ce couple parfait dont les talents se mêlent
L’homme devient puissant et la grue efficace
Tous deux se surpassent d’un élan fraternel
L’homme en sa nacelle, la grue dans sa carcasse
