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Poème écrit par Octaveganis

Les derniers printemps (prose)

Tout commençait à s’assombrir : le soir.
La pente descendait, c’était l’hiver.
Là-bas les cris des voitures et puis la lumière, plus loin la mer.
Le temps dormait, et doucement par les allées sombres j’allais droit vers l’avenue claire,
C’était hier.
Pour les grandes avenues de décembre, la paix n’existe pas ; et en concert dansaient les ballets de phares, farandole ronronnante.

J’y allais et mes yeux ne pleuraient pas encore, c’était la fièvre.
La fièvre, celle qui prend et qui emmène, elle m’avait saisi ce jour là, un soir d’ennui.
Puis, les marches envolées j’allais encore, vers les grands espaces bleus - le noir du ciel. Il était d’encre et la mer, accrochée à ses nuages s’y reflétait. Je crois que je n’avais jamais rien vu de plus beau, et pourtant…

Et pourtant, le matin d’un été sur la terrasse en fleur, les musiques d’un mois sans brume jouaient, jouaient…
J’ai vu ce matin là comme j’en ai vu tant d’autres, et pourtant, je crois, ce fut le plus beau Il semblerait que c’est dans cela que résident les belles choses : le temps n’y touchera pas, car jamais elles n’y furent.
Mais elle fuient, les mâts la-bas ce sont elles, qui agitent un instant de plus un mouchoir trempé d’adieux.

Je les vois encore, et je m’en vais amer rejoindre le ciel sans brume, qui sur la ville flotte, aidé par la petite brise qui caresse mon visage. Et on voit dans mes yeux les plus belles rues poétiques, où les derniers printemps, en musique y viennent encore.
Je rentre dans cette maison, elle est sale, et assis sur le fauteuil, on lit.
Sans un bruit autre que les cris stridents, striant la chemise d’un vernis écarlate, les pages du livre tombent, et meurent. Elles ne parleront plus.
Je ressors et le jour se lève. On est sur un crête et l’orange saupoudre les toits étranges, je respire enfin. J’entre à nouveau dans la maison, et la paix y est revenue. Je nettoie mes mains et m’apprête à partir, quand un bruit vient.

Le bruit s’horrifia devant ce qu’il disait une horreur. Moi je ne trouve pas. Après tout, ces choses meurent n’est-ce pas ? Et pourquoi auraient-elles plus de valeur que les printemps perdus, que les rues poétiques et les voitures qui chantent toutes en cœur ?
Le juge n’est pas d’accord, une femme âgée pleure, là-bas debout sur un banc de bois, et à bout de bras essaie de m’attraper, mais c’est trop tard, on m’emmène, je n’y suis plus et je n’y retournerai jamais.
On m’amène dans la montagne, c’est un bel endroit. C’est un lac au bout de quelques heures de marche, les arbres jouxtent l’eau, des bêtes sauvaient y pâturent, on m’escorte un peu plus loin.
S’y tient une vieille tonnelle, rouillée par le temps, dont les arceaux brisés forment un siège où je m’assois.
Un dernier éclair de soleil entre les rameaux des branchages, c’est un hiver, et c’est la fin.

Tous droits réservés © Poème posté le 20/02/2022 par Octaveganis

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