Talaria
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La bonté m’ennuie,
Et la beauté lasse !
J’aime l’air salace,
La crasse et la suie !
Richesse me fuit,
Grandeur m’est effroi,
Le peuple est mon fruit ;
Crachons sur le roi !
Si grège est la soie,
Ore, elle m’agrée ;
Dessus, je m’assoie ;
Fine ? je maugrée !
Car silex et grès
Me sont plus précieux
Que les gris de très
Nobles et doux yeux !
… Et je prime l’yeuse
Au bois de Judée,
L’amour de ma gueuse
A tout autre idée,
Les hasardeux dés
Aux flirts convenus,
Et les suidés
Dans de beaux corps nus !
… Que la bienvenue
Soit simple et directe ;
Pas d’invite émue
D’hypocrite secte !
J’aime qu’on soit sec
Plutôt qu’onctueux,
Les prises de bec,
Pas l’insinueux !
… Et les mains noueuses,
Les âmes mal nées !
Belles laborieuses
Vous m’êtes des fées !
J’aime, sans effets,
L‘homme simple et franc,
La flamme aux affects,
Et la flèche au flanc !
J’aime que l’on flanche
Lorsque ivre on s’écrie :
- Reviens-moi mon ange !
(Et pas que l’on prie)
J’aime le lambris
Brut, pas marqueté,
L’amitié sans prix,
Saine d’âpreté !
Ainsi, tel Persée,
Tuant la Méduse,
En rêve, j’essaie
Sans trêve ma ruse !
