"La gangrène est sévère. Il faudra amputer."
Sans souci de finesse, le verdict est tombé
D'un laconisme qui ne tolère aucun doute.
Le docteur est formel. Le patient coi l'écoute.
"Vous pouvez refuser, mais à ce stade-là
Si vous vous obstinez vous perdrez plus qu'un bras."
"Mais comment écrirai-je? demande l'alité,
Comment vais-je manger? M'habiller? Me laver?
Comment vivrai-je avec une lésion pareille?
Comment la nuit pourrai-je trouver le sommeil
Quand, tout contre mon flanc, je sentirai le froid
D'un vide insupportable me glacer d'effroi?
Comment pourrai-je vivre, torturé en pensées
À l'idée qu'un bout de ma chair est enterré?"
"Je comprends, dit le docteur, votre désarroi,
Je crains cependant que vous n'ayez plus le choix."
Le bon sens eut enfin raison du désespoir,
On sectionna le membre le jour même, au soir.
Je connais les traits brisés de cet homme-là.
Je sais ce que coûte de s'arracher un bras.
Poème écrit par
Yablokovnaia
L'amputation
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Tous droits réservés © Poème posté le 30/11/2021 par Yablokovnaia
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