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Visite d'outre-temps
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Comme il fait gris, Madame, entre ces murs transis
D'une frayeur sournoise et d'un froid immobile
Qui rongent la clarté des matins indécis
Et ferment tôt les soirs pleins du flot de la ville !

Je vous prie d'excuser mon entrée en ce lieu
Et le sursaut de peur que j'inflige à votre âme ;
Je dépose à vos pieds l'hommage d'un adieu
Et, si vous l'acceptez, mon amitié, Madame.

Le garde posté là ne voit pas, n'entend pas,
Car je viens du futur, de cet outre-mémoire
Qui me fait vous parler bien plus bas que tout bas,
D'un souffle qui se tisse aux rives de l'Histoire.

Je n'ose point céans vous nommer "Majesté",
Tant votre dénuement dépouille l'étiquette.
Je ne puis cependant taire la loyauté
Que le peuple vous doit jusque dans la défaite.

Qu'il est donc loin, le temps des jeux et des splendeurs !
Qu'il est bref, le chemin de la Cour à la geôle !
Que la foule est brutale, aux mains de ses meneurs !
Qu'elle est sombre, la croix qui pèse à votre épaule !

Qui comprendra jamais l'abîme de chagrin
Où se trouvent plongées vos entrailles de mère ?
Car l'on vous a ravi, du jour au lendemain,
Vos enfants tant aimés. - Ainsi va l'arbitraire …

L'on prétend vous sommer, devant un tribunal
Qui n'a d'autre discours que l'opprobre et la haine,
D'avouer l'impensable innommable immoral :
L'on espère avilir et la femme et la reine !

Je vous quitte, Madame, il est l'heure déjà
Pour moi de regagner sur l'aile du silence
Le siècle qui est mien. De vous demeurera
Une image debout, digne dans la souffrance.





Inspiré par la fiction documentaire "Marie-Antoinette -
Ils ont jugé la reine !" diffusée sur Arte le 16 octobre 2021

© Poème posté le 14/11/2021 par Ombrefeuille

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