Conte d'Eole
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Dans les longs corridors de la vieille demeure,
Il y a des coins d'ombre où le temps se tapit.
Et dans les escaliers dont le pas scande l'heure,
Il y a mille ailleurs où l'enfant se blottit.
Le ciel entier accourt et se rue sous la porte,
Et ses doigts de silence ont le regard tremblant
De l'automne frileux dont le manteau emporte
Les feuilles, les marrons et le soleil couchant.
La plainte ailée du vent se rapproche, lointaine,
Et se coule au plafond, et rampe au ras des murs ;
Et la brume se serre auprès de la fontaine
Où la pierre a caché ses bijoux les plus purs.
À qui sait hululer le royaume des fées
Ouvre la clef des nuits et la magie des jours.
Mais il faut, au grand bal des pluies ébouriffées,
Offrir des courants d'air à la dame d'atours.
N'est-ce point un fantôme au bord de la fenêtre,
Ou le souffle d'un loup du fond de la forêt ?
Ça sent le feu de bois : le soir vient de paraître
Et là-haut la cabane a gardé son secret.
"Allons, il se fait tard, il est temps, il est l'heure :
Qui viendra donc s'asseoir à table le premier ?"
- Le vent du corridor envoûte la demeure,
L'enfant s'est endormi au creux de l'escalier.
