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Poème écrit par Yablokovnaia

Kiev

3
Sans sac ni direction, j'évolue et je vois
Comme aux pigeons ébouriffés manquent des doigts,
À un homme une jambe manque tout pareil
Parmi les mendiants dont la dégaine effraye,
Allongés aux fontaines, scrutant le couchant,
Assis dans les tunnels où l'air est étouffant
Et irrite les sens; qui saurait les aider?
Chacun a son malheur personnel à régler,
Chacun se bat pour soi; on se vend, on se sauve
On défend ses idées et on finit en tôle;
Un appartement illuminé dans la nuit,
Je sais qu'une fille de joie retient un cri;
La beauté d'autrefois que narraient les grands-mères
Subsiste à peine ici, les bogatyrs sont morts,
À présent les chants ne louent plus que nos déboires
Tandis qu'à la télé on promet la victoire
Et exhorte le peuple à aimer sa patrie:
"Le salo, la vodka, et aime ton pays!"
Un trolleybus s'arrête, on joue à un café
À un jeu inconnu, parlent des étrangers
Mais pas en ukrainien; et dans le soir banal
Sous le ciel nuageux une ruine bancale
Pétarde à grands fracas sur la route croulante,
Un cafard sur le mur va, mais toujours on chante,
Et la boue que reflètent sans fin les yeux pâles
Est un peu compensée par la beauté de l'âme
Qui chante et, peu importe la boue, sait aimer
Jusqu'au bout de la nuit d'un cœur pur et dévoué
Au sommet de la masse d'innombrables griefs
Qui parsèment les pavés humides de Kiev.

Tous droits réservés © Poème posté le 18/09/2021 par Yablokovnaia

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