Deux ancolies
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Sous le toit d’une pauvre poésie
Rentre le vent par des failles anciennes
Et d’innombrables gouttières s’enfuit
L’âme des fruits que des coupes contiennent.
Sur une table de bois et de pierre
Un vase est posé depuis bien longtemps,
D’un bouquet sec est tombé en poussière
Un feuillage mort qui fut d’un vert franc.
Là un vieil homme dont la main frissonne
Ecrit des vers que reflète le mur
Sous le vague ennui du soir qui ronronne
A la lanterne qu’encercle l’obscur.
Et soudain par la fenêtre morose
Luit l’astre de nuit venu l’exaucer,
Tremblotant d’argent sur les arbres roses,
Éclairant du Vieux les belles années…
Des cheveux flottants, une gorge nue
Traversent l’ombre calme du tilleul,
Il la rejoint de ses yeux qui s’embuent,
Louant la Lune de n’être plus seul.
Elle, n'en finit plus de reverdir
La maison qui renaît à l’ancien temps
Jusqu’à la jarre où viennent refleurir
Deux ancolies, aux longs pétales blancs.
