Fragment
2
- hommage à Camus -
Le vent caresse les colonnes dressées,
contourne un antique fronton,
le vent,
dans les ruines dévorées par la lente exérèse du temps,
entre leurs diastèmes de pierre blafarde,
émergés à la nature aride,
furtif et souple comme un animal curieux,
le vent se glisse, s’immisce, contourne et s'insinue,
souffle et renifle, ondulant, louvoyant,
furetant au milieu des blocs taillés, épars,
qui laissent à peine sourdre l'idée... de quelque ancienne fenêtre,
un linteau de porte, ou le pas usé d'une unique marche, amorçant une aura d'escalier,
suggérant un fantomatique étage, une élévation lointaine aujourd'hui décharnée.
Et partout se devine une architecture spectrale, rendue, assagie par les millénaires et l’absence,
agitée seulement par la respiration éolienne obstinée, et de cette rase chevelure végétale,
dont le crin jaune couche complaisamment sous la turbulence hiératique du vent.
C'est une nuit glaciale de l'été, à deux heures d'un autre tour du monde
imperturbable.
Sous les coupoles céruléennes effondrées,
des bêtes bougent, qui y nichent,
et des ailes s'agitent dans les arbres longeant l'os de ces vestiges,
dans le frémissement
du vent, du vent, du vent...
