L'île des morts (rade de brest)
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Voyez cet îlot sauvage
Sur le flot couleur de cendre,
Etirant leurs noirs faîtages
Trois bâtisses semblent défendre
Les reliques de leurs rivages
C’est l’île des Morts, terre notoire
Où s’inhumèrent les victimes
Des pandémies de l’Histoire.
Fière sur cet îlot infime,
Plus triste qu’un cimetière,
Toutes ses ouvertures béantes,
S’éternise la poudrière.
Etendant leurs ailes géantes,
Les grands cormorans de mer
Se fondent au noir paysage
Qu’à jamais fige le temps.
Ces sentinelles en plumage
Usant de leurs yeux perçants
Guettent les spectres des forçats
Planissant l’île escarpée
Et les ombres des soldats
Sur ce rocher tourmenté
Par la houle et le marnage
En hommage au sieur Tarbé
Génial concepteur des plans
Se hausse, défiant le temps,
La poudrière abandonnée
Sous l’île des Morts au mouillage,
Pavillon jaune apparent *
Les débris des équipages
Attendaient silencieusement
Le dénouement du voyage
Témoin des épidémies
L’île rappelle que la Royale
Ne vainquit pas sans péril
Malgré tout son arsenal
* pavillon de quarantaine
