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Poème écrit par Yablokovnaia

Nocturne

2
La pluie sonne au carreau, sonne tout doucement
Dans le soir de Moscou qui baigne les passants,
Et, silencieusement, accompagne ses pleurs
D’un chant réconfortant pour bercer nos malheurs.

Sur l’asphalte, des puits larges et noirs se forment,
On y distingue à peine un мир d’étranges formes -
Et la surface sombre, insondable cours d’ondes
Parcourue par les rondes projections du monde,

S’irise et moire en paix la lumière orangée
Érigée par l’homme en vue de se rassurer
- car la nuit est ténèbres, et les ténèbres, angoisse :
Qu’un objet lointain bruisse, qu’une ombre se déplace
Et il est pris de peur, comme un enfant inquiet
Quand la nuit a pris place et sa mère l’a laissé.

Pourquoi ne dors-tu pas ? Que fais-tu éveillé ?
Pourquoi vas-tu, la nuit, quand Moscou est couchée ?
Il fait si froid, dehors, la pluie n’en finit pas ;
Que fais-tu éveillé, dans la nuit et le froid ?

Et que penses-tu donc quand tu scrutes les flaques
Qui doublent nos lueurs – разве ищешь маяк ?
Ou sont-ce tes propres ombres que tu poursuis
Et espères trouver hors de l’incessant bruit
De l’agitation de tes contemporains ?
Cesse donc de chercher : tu ne trouveras rien.
En toi, nulles ténèbres. À chaque battement,

Ton cœur sonne au carreau, sonne tout doucement
Dans le si doux soir où se pressent les passants,
Dans le rythme paisible insufflé par nos cœurs
Du chant réconfortant qui berce nos malheurs.

мир [mir] - monde
разве ищешь маяк? [razvye ishesh mayak] - se pourrait-il que tu recherches un phare ?

Tous droits réservés © Poème posté le 17/11/2020 par Yablokovnaia

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