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Sándor l'écorché vif
1

I.

Je n'allais pas m'aventurer,
moi qui rodais vers les théâtres,
au doux métier de garçon boucher,
je voulais jouer les premier rôles.

Baptisé un premier janvier,
né le même jour de la même année,
les méditations de Lamartine,
Racine et Shakespeare de Stendhal,
le premier roman de Balzac
étaient ma véritable étable.

A l'école secondaire d'Aszôd,
j'étais un élève pas de noix,
tombant amoureux comme une pomme,
sortant mes premiers vers du fruit,
la vitalité de la forme,
la fraîcheur de la mentalité,
la métaphore du grain de raisin
comparé à un grain de terre.

J'apprenai l'allemand, l'italien,
Heine et son phare " Ludwig Borne ",
quand au célèbre collège Papa
j'écrivis une chanson à boire !
Victor Hugo à Debrecen
me soutenait de son portrait,
quand la vie n'était que misère,
la mort un pallier de mystères.

II.

A Pest capitale de mon envol,
l'atmosphère citadine et l'art,
mon espoir résidait en l'air,
dans la saillie de mes éclairs,
dans le cœur de mes flots épiques,
dans mes œuvres de longue haleine :

- Liberté , amour et nuages

- Istok le fou

- Lettres de voyage

- Le chant des loups

- Si tu es un homme

- Jean le Preux, Marteau du village

- Salgo, l'Apôtre Sylvestre

- Quinzes poèmes à Julia Szendrey
( fille de l'intendant du comte Karoly,
mon beau regard, mon unique noce ! )

Terrible misanthrope jadis,
je haïssais le monde
et ses milliards de vers dégoutants ;
je haïssais la terre,
cette immense ratatouille...
Mais une rencontre me sauva
et je fus guéri de ce mal
par les livres d'Alexandre Dumas.
Shakespeare sut peindre les émotions,
les passions , les caractères,
avec de savoureuses couleurs
que jamais la fuite des siècles
ne pourra effacer, ni même tenir.

III.

Les orages de l'âme prenaient corps,
la révolution grondait en Hongrie;
' 13 mars 1948, café Pilvax '
Tandis que l'Europe bouillonnait
je composai le chant national
comme une révolte patriotique.
Avec mon ami Mor Jokai,
romancier à l'astre romantique,
nous fondâmes le journal életképek,
revue littéraire engagée,
avec pour devise Egalité, fraternité, liberté.

L'année suivante, au mois de juillet,
embourbé dans un champ de maïs,
l'homme à la fameuse redingote grise,
autopropulsé poète des auberges,
le plus célèbre des Hongrois quarante-huitard
recevait le coup de grâce :
une lance jetée en pleine poitrine
par un Cosaque fort peu loquace…
Son dernier mot fut
" Bagatelle ! "
Sándor Petőfi
1er janvier 1823 - 31 juillet 1849

Tous droits réservés © Poème posté le 27/07/2020 par Edo Schweiz

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