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Louis renault (1877-1944)
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Je sais que si je revisite
La vie de monsieur Louis Renault
Vous réclamerez par la suite
L'histoire des frères Peugeot

Puis la vie d'André Citroën
Et pourquoi pas tant que j'y suis
Celle de monsieur Volkswagen
Messieurs Volvo et Ferrari

Aussi je vous le dis tout net
Arrêtons là ce quiproquo
"Mes Revisitations", mazette
C'est pas le salon de l'Auto !

Louis Renault est le fils d'Alfred
Et de Berthe, des commerçants
Qui par leur courage possèdent
Un compte en banque florissant

Tous deux d'origine alsacienne
Ont des négociants pour parents
Et on note que dans leurs gènes
Abraham est leur ascendant

Le couple a cinq enfants bien sages
Dont Louis est le petit dernier
Mais le textile et le tissage
Ne semblent pas le passionner


Lui, c'est plutôt la mécanique
Ainsi que l'électricité
Aussi trouve-t-il plus pratique
Pour étudier, de s'isoler

Au fond de l'édénique cour
De son hôtel particulier
Sis à Boulogne-Billancourt
Il se construit un atelier

Négligeant un peu ses études
Il passe de très longues heures
Dans une infinie solitude
À trafiquer de vieux moteurs

Il dessine, coupe, gamberge
Il règle, peaufine, calcule
Et à plus ou moins dix-neuf berges
Il sort son premier véhicule

À cinquante "km-heure"
Il grimpe une rue de Paris
Devant cinq cents admirateurs
Et fait dix acheteurs ravis

Lors, avec Fernand et Marcel
Ses deux frangins, les gestionnaires
De l'entreprise paternelle
Louis crée la firme "Renault Frères"

En août de cette même année
Mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf
Louis et Marcel sont engagés
Dans une course de "teufteufs"

C'est le rallye "Paris-Trouville"
Que Louis gagne facilement
Tandis que son frère, tranquille
Termine troisième sur cent

Puis Louis gagne "Paris-Ostende"
"Paris-Rambouillet", et aussi
Une course en terre allemande
Et "Paris-Toulouse-Paris"

L'Exposition universelle
De Paris, en août mil neuf cent
Attribue à Louis et Marcel
La médaille d'or et d'argent

En mil neuf cent-trois, c'est le drame
Après un virage sévère
La Renault de Marcel s'enflamme
Et Louis perd son champion de frère

Il ne veut plus être pilote
En souvenir de feu Marcel
Son écurie alors se dote
De conducteurs professionnels

Renouant avec les victoires
L'argent pleuvant de tous côtés
Louis Renault rachète les parts
De société du trépassé

C'est là que tombe la commande
De deux cent cinquante taxis
Sa réputation est si grande
Qu'il exporte aux États-Unis

À l'automne mil neuf cent huit
Louis qui vient d'être trentenaire
De ses défunts parents hérite
Et devient multimillionnaire

Il n'est pas toujours à l'écoute
De ses ouvriers en colère
Et pratique le "lock-out"
Selon son fichu caractère

Quand éclate la Grande Guerre
L'usine est réquisitionnée
Par l'état-major militaire
Pour alimenter les mortiers

"Renault" entre dans la légende
Quand sur l'ordre de Gallieni
Fondent sur l'armée allemande
Ses chars, ses camions, ses taxis
À l'hiver mil neuf cent dix-huit
Louis obtient la Légion d'honneur
Et un profond satisfecit
De la part du camp des vainqueurs

Mais les automobiles Ford
Dominant les européennes
De ce fait, Louis Renault s'accorde
Avec son rival Citroën

Maintenant vingt mille personnes
Travaillent sur l'île Seguin
Le petit losange rayonne
Sur les avions et sur les trains

Pendant que monsieur Citroën
Sort sa "traction-avant" de rêve
Chez Renault, sur les bords de Seine
Le monde ouvrier se soulève

Notre Louis Renault, grand seigneur
Leur accorde dans la foulée
La semaine de quarante heures
Et un mois de congés payés

Trois ans plus tard la guerre éclate
La France est très vite occupée
Et sur ordre de la Wehrmacht
L'usine est réquisitionnée

Contre son gré, il collabore
Quand, pour l'honneur de la patrie
Philippe Pétain, qui l'adore
Lui offre un emploi à Vichy

En quarante-deux, ses usines
Sont bombardées par les Alliés
Et l'on dénombre dans les ruines
Cinq cents morts et mille blessés

En quarante-trois, une honte
S'abat sur le nom de Renault
Le peuple demande des comptes
En le traitant de "collabo"

En mil neuf cent quarante-quatre
La justice, à tort ou raison
Inculpe le vieil acariâtre
Et sur ce le jette en prison

Seul dans sa cellule de Fresnes
Le grand patron ronge son frein
Il sait que dans quelques semaines
La mort est au bout du chemin

Peu à peu, il tombe malade
À moins qu'une main l'y aidât
En tout cas son corps se dégrade
Et il trépasse au bout d'un mois.

© Poème posté le 15/07/2020 par Michmich

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