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Perpétuité
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Au charme boudeur de sa moue
J'ai fondu,
Et ces yeux dont mon cœur se noue
M'ont tout eu...

Elle, si joliment petite,
Et moi laid,
Etait mon ciel qu'une pépite
Etoilait !

Comme elle aimait, de mes épîtres,
- Soi-disant -
Les mots savants sous les tons pitres
S’irisant,

Parfois ses fines mains baguées,
Papillons,
Vers mes moustaches élaguées,
- Pauvres scions -

Voletaient, me frôlant la bouche,
- Jeu pervers,
Car elle refusait qu'on touche
- Sauf en vers,

A son anatomie intime
- Garce, va !
Tant de pudeur poussait ma rime,
Ah, là, là !

Vers des sommets pornographiques
Indécents
Ravissant les besoins critiques
De ses sens...

Nous fûmes ainsi des années,
Elle et moi,
Avec nos affres condamnées
A l'émoi

Des frustrations que crée un manque
Conséquent ;
Celui du corps, qui ne ment que
Quand on tend

Ses nerfs par-delà la patience
En vigueur,
Dans la limite où la science
Tient le cœur.

Mais un jour plus qu'autre funeste
De ces temps,
Elle m'avoua - malepeste ! -
Ses élans

Pour un beau garçon sans culture
Dont le bien
Compensait la tête un peu dure
Et l'air vain.

Je crus défaillir - et ma reine
Qui riait
Cruellement, sans voir ma peine,
Mariait

L'inconséquence de sa joie
Au clou dur
Qu'elle me plantait dans le foie
- Plus d'azur ! -


Je l'étranglais de mes mains jointes
- Votre honneur -
Pour préserver, malgré ses feintes,
Le bonheur

Que m'avait donné tous les trilles
De sa voix
Et les promesses des pupilles
Aux mots-rois

Qui devaient un jour faire mienne
Cette enfant
A la fluente âme éolienne
Mue au vent

D'un bas et vil opportunisme
Où, furtif,
Se cache un horrible cynisme,
Le motif

Qui me fit perpétrer ce crime
Affreux - oui ! -
Mais reflétant ce que j'exprime,
Enfoui

Au creux, Messieurs du ministère,
Du remords
Non ressenti - mais qui se terre,
Tels des morts -


- Le procureur : "Perpétuelle
Damnation,
Est la sentence que cisèle
La nation."




© Poème posté le 26/06/2020 par Salus

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