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Ce qu'on laisse

On en a composé, des vers et des sonnets,
Des refrains romantiques, des milliards de métriques,
On s’est bien épanché, on a chanté, pleuré,
Chacun un peu pour soi sans trop hausser la voix.

Depuis des millénaires, chaque homme, sur cette Terre
S’est confié à la Lune et s’est trouvé ému
Par les mots qu’il disait ; et nos cœurs chamboulés
Où résonne sans fin le nom de l’être aimé

Ne cogneraient-ils pas un peu à l’unisson ?
À vous, mes semblables, je chanterai la chanson
Des amours que j’ai pour l’humaine condition
Comme l’ont chanté tant, comme tant chanteront,

Durant l’éternité où je n’existais pas
Et pour l’éternité où je ne serai plus ;
Voilà, pour toi, du rythme, et là, pour toi, du sens,
Aujourd’hui soyons rois, et demain –

– il m’élance,
Mon désir de créer, oh oui, vous connaissez
Très bien ce sentiment, petit cri lancinant :
Ne nous oubliez pas ! Nous oublions déjà,
Et l’oubli est la mort au-delà du trépas,

Et la mort est la peine, la peine à qui manquait
La lumière du ciel de l’amour passionnel –
Le nom résonne, l’homme frissonne –
Mais je m’égare – voilà ma part –

Et là-bas
Là-bas très loin
Un enfant pleure, tu sais.

Et ici
Nous, juste ici
Nous nous taisons ensemble.

Et les larmes
Nos chaudes larmes
Font un sentier bien large.

D’y marcher
Je suis usée –
Mais revenons aux mots.

Puisque les mots
Survivent.
La Lune aussi,
Enfin.

Combien d’hommes
Sont tombés
Un portrait
À la main ?

De son sang
On traça
Son adieu
À son sort.

Essenine, ne peine plus,
Poète, dors.
Dans une langue ou une autre.

Mon frère,
Ne gémis plus,
Je caresse ta joue.
Pardonne-moi
Si je t’aime plus
Quand tu es à genoux.

Entre les ruines
Et les décombres
Les ombres glissent
Dans la pénombre
Si jamais bruisse
Le doux murmure
D’un papier frois-
sé contre un mur,
Trace tes mots
Avec ta route
Ailleurs, quelqu’un,
Je crois, sans doute

Viendra les lire.

Et toi que j’aime et qui jamais
Ne viendra lire mes pensées,
J’espère un jour pouvoir te les
Confesser dans un long baiser.

On en a composé, des vers et des sonnets,
Des refrains romantiques, des milliards de métriques,
Et on s’est épanché, et on a bien chanté,
Pardon pour le chaos et pour les rimes en « é »,
À présent je me tais. J’ai un peu contribué.

© Poème posté le 04/06/2020 par Yablokovnaia

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