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La ruine
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Deux papillons s’entrepoursuivent
Et montent dans le ciel de mai…
Les fins de printemps, où j’aimai, 
A l’encre de mon soir s’écrivent.

Crucifiée à ce manoir,
La mémoire illisible ! et noir,
Le souvenir que ces clous rivent.


Plus d’un beau songe en a pâti,
Aux couloirs perdus des tours sombres
Où guettent la goule et les ombres
Habitant l’immense bâti.

Ci-dehors, la plaine s’étale,
Dans une obscurité létale,
Au monde morne appesanti…


Entourée ainsi de ses douves,
Mon âme a l’air d’un vieux château ;
Mon âme est croupie à cette eau
Où viennent s’abreuver des louves.

J’aime, en ces dédales, perdu,
Rêver à ce temps distordu
Où, jeune homme, tu me retrouves…


La nuit chassera les regrets
S’accrochant, au détour d’une aile
Effondrée, et l’étoile belle
Rallumera son œil de grès !

Fin de mai, tes douces ténèbres
Me sont les prémices funèbres
D’un feu néant ; vides Ogrés.


Meure au rocher de Prométhée,
Insensible à ce point vernal
Dont l’équinoxe est le fanal,
L’abscisse ordonnée et lestée

Par le poids sûr des émotions
Vives, aux sèves de ces scions,
La demeure alme et dévastée. ..


Le sang de l’aurore, éternel,
Bleuit la profondeur tendue ;
Disparaissant dans l’étendue,
Délicatement, comme un sel

Se résoudrait en de la bruine,
Définitivement la ruine
Se fond en humeurs dans le ciel.


Deux papillons s’entrepoursuivent
Et montent dans un jour de mai…

© Poème posté le 13/05/2020 par Salus

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