Lettre du lieutenant n depuis mars
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Bonjour, ma douce. Je t'ai manqué?
Bien des nuits de route ont passé
Depuis lors que je t'ai laissée
Dans la neige, devant le train,
Toi et la chaleur de tes mains,
Et le sel sur tes joues glacées.
Mars nous a reçus de rafales,
Le soir, des centaines de balles
Pleuvaient sur nous en nous berçant.
Dans le noir, les dunes bougeaient,
Et les tempêtes ensablées
Choyaient le veilleur somnolent.
Mes yeux étaient comme la mer,
L'acide et martienne poussière
En un mois les a délavés.
Ici seul l'inconnu effraie,
Du dernier combat je n'ai
Conservé qu'une entaille au nez.
Mais à travers l'écran de sable,
J'ai vu la guerre impitoyable
Extraire du jus vermillon.
Hier mon voisin a craqué:
"Les balles vont bientôt manquer", -
Et il s'en logea une au front.
Il a peu de chemin à faire,
Puisqu'éloignés de notre Terre,
On est un peu plus près de dieu.
Ne tremble pas pour moi, ma belle -
Une autre évasion de rebelles
Tapis sous nos vaisseaux a lieu.
Les soirs sont à présent paisibles,
Depuis trois jours le chef est ivre
Et il joue du jazz sur le pont.
Le ciel flamboie plus que sur Terre,
Le colonel a un cancer,
Mais bref, ce n'est pas la question.
On vit et meurt tout seul, ici,
À chaque ligne, ma main frémit -
Comment vis-tu là-bas, sans moi? -
Sous tes yeux marchent les légions
Et dans l'ombre vont des wagons
De fonte, hurlant à grand fracas.
Où vont tes songes, pendant le thé?
Je ne te promets rien, mais
Tiens bon, tu dois me le promettre.
Raconte-moi quel temps il fait -
Six mois d'envoi, ce sera mai
Quand te parviendra cette lettre.
Bien des nuits de route ont passé
Depuis lors que je t'ai laissée
Dans la neige, devant le train,
Toi et la chaleur de tes mains,
Et le sel sur tes joues glacées.
Mars nous a reçus de rafales,
Le soir, des centaines de balles
Pleuvaient sur nous en nous berçant.
Dans le noir, les dunes bougeaient,
Et les tempêtes ensablées
Choyaient le veilleur somnolent.
Mes yeux étaient comme la mer,
L'acide et martienne poussière
En un mois les a délavés.
Ici seul l'inconnu effraie,
Du dernier combat je n'ai
Conservé qu'une entaille au nez.
Mais à travers l'écran de sable,
J'ai vu la guerre impitoyable
Extraire du jus vermillon.
Hier mon voisin a craqué:
"Les balles vont bientôt manquer", -
Et il s'en logea une au front.
Il a peu de chemin à faire,
Puisqu'éloignés de notre Terre,
On est un peu plus près de dieu.
Ne tremble pas pour moi, ma belle -
Une autre évasion de rebelles
Tapis sous nos vaisseaux a lieu.
Les soirs sont à présent paisibles,
Depuis trois jours le chef est ivre
Et il joue du jazz sur le pont.
Le ciel flamboie plus que sur Terre,
Le colonel a un cancer,
Mais bref, ce n'est pas la question.
On vit et meurt tout seul, ici,
À chaque ligne, ma main frémit -
Comment vis-tu là-bas, sans moi? -
Sous tes yeux marchent les légions
Et dans l'ombre vont des wagons
De fonte, hurlant à grand fracas.
Où vont tes songes, pendant le thé?
Je ne te promets rien, mais
Tiens bon, tu dois me le promettre.
Raconte-moi quel temps il fait -
Six mois d'envoi, ce sera mai
Quand te parviendra cette lettre.
Il s'agit de ma traduction d'un poème d'une amie russe, Viktoria Maryeva.
La traduction conserve le rythme des octosyllabes et le schéma de rimes AAB CCB.
Je trouvais ce poème magnifique; j'espère que sa version française permettra à un plus grand nombre d'en profiter!
La traduction conserve le rythme des octosyllabes et le schéma de rimes AAB CCB.
Je trouvais ce poème magnifique; j'espère que sa version française permettra à un plus grand nombre d'en profiter!
