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La chute
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J’aimais trop les éclats des amours éperdues
Les coupes de vins fins, les fleurs défendues
La couleur d’un rire ou le goût d’une soie
Le parfum d’un soupir, le trouble d’un émoi

Un instant d’abandon m’était une conquête
Plus précieuse que l’or d’une mine secrète
Tous les infinis lents des valses alanguies
M’enivraient d’un bonheur capricieux et maudit

Un plaisir vagabond qui ne cessait jamais
J’étais un dieu mondain et séducteur, mais
J’étais vide de cœur au creux de ma statue
J’étais faux de serments lorsque je disais « tu »

La futile ambition d’une éternelle ferveur
Trahissait mes trompeuses promesses dans l’heure
Les vaines élégances des adieux impatients
Voilaient des yeux déçus d’un mensonge insouciant

La vérité fuyait ma compagnie factice
Et enfin les victimes de mes vains artifices
Échappaient au serpent qui ne fascinait plus
Qui failli les corrompre et perdre leur salut

L’errance dans la nuit m’était un long manteau
Qui trainait jusqu’à terre pour couvrir un fardeau
De grandes illusions et petites aubaines
Qui ne trompant qu’un jour n’en valaient pas la peine

Alors je suis tombé, comme on chute d’un trône
De degré en degré, jusqu’à mendier l’aumône
D’une piètre débauche, d’une orgie dérisoire
Et mon bel esprit d’or devint une âme noire

Blafard froid et cruel vint le soleil d’hiver
Tomber sur les haillons de ma folie d’hier
Ma splendeur enfouie sous un tas d’immondices
Et mon nom oublié des belles de jadis

Gao T. Kanth

© Poème posté le 21/03/2020 par Kanth

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