Coup de chaud ou le jour le plus long du poète rhodanien
8
C'était un jour de canicule
Où s'en venait, tel un cobra,
Tel un énorme tentacule,
Le vent brûlant du Sahara.
Or, rentrant chez lui, le poète,
Suant, soufflant et se traînant,
Avait une idée fixe en tête :
Rimer ! Ecrire incontinent !
Il convoqua sans plus attendre
Sa Muse en son appartement,
Mais voici (Allez donc comprendre !)
Qu'elle bouda son mandement !
Sans doute l'avait-il troublée
En quelque rêve à peine éclos,
En quelque sieste savourée,
En quelque moment de repos ...
Toujours est-il que sous sa plume
Pas un seul mot ne se glissait
Et que, comble de l'infortune,
La page blanche s'endormait !
C'est que la chaleur, harassante,
Avait conquis tout le logis,
Laissant la pensée pantelante
Et les cinq sens fort engourdis.
Songez que le mistral lui-même,
Vaincu, avait cherché ailleurs
Le grand large d'un autre thème
Né sous des horizons meilleurs !
"Allons ! lança notre poète,
Il se trouvera bien ici
Quelque tournure mignonnette
Pour commencer un bel écrit !"
Ne voulant point perdre la face,
Sa Majesté l'Alexandrin
Se claquemura au Parnasse
Et se fit colosse d'airain.
Sollicité, l'octosyllabe,
Prenant ses jambes à son cou,
Tel une araignée, tel un crabe,
Se carapata comme un fou !
"Bah, ce n'est rien, grognait notre homme,
Je puis composer d'autre vers,
Tous me sont familiers, en somme ...
Voyons ... Que disent les impairs ?"
Ni cinq, ni sept, ni neuf, ni onze,
Pas une ligne, pas un trait !
Et toujours ce soleil de bronze
Qui cognait, qui s'alourdissait ...
Mettant le nez à la fenêtre
Pour tuer ce diable de temps,
Il fut surpris de reconnaître
En lui de doux frémissements.
C'étaient une image soudaine,
Quelques bribes d'un pur élan,
Le silence d'une fontaine
Et le long vol d'un goéland ...
Alors, du tréfonds de ses fibres,
Monta la houle vaste, enfin,
Où se poursuivaient les vers libres,
Comme se tenant par la main.
Point de métrique, point de rimes,
Adieu cadence, adieu quatrains !
Mais ce feu des sommets intimes,
Ce chant des abysses marins ...
Or, descendue de l'empyrée,
Sa Muse tout près se tenait
Et sur l'écritoire inspirée
Du poète elle se penchait.
Elle souriait sans rien dire,
Indifférente à la touffeur,
Et voici que de ce sourire
Coula une claire fraîcheur ...
Où s'en venait, tel un cobra,
Tel un énorme tentacule,
Le vent brûlant du Sahara.
Or, rentrant chez lui, le poète,
Suant, soufflant et se traînant,
Avait une idée fixe en tête :
Rimer ! Ecrire incontinent !
Il convoqua sans plus attendre
Sa Muse en son appartement,
Mais voici (Allez donc comprendre !)
Qu'elle bouda son mandement !
Sans doute l'avait-il troublée
En quelque rêve à peine éclos,
En quelque sieste savourée,
En quelque moment de repos ...
Toujours est-il que sous sa plume
Pas un seul mot ne se glissait
Et que, comble de l'infortune,
La page blanche s'endormait !
C'est que la chaleur, harassante,
Avait conquis tout le logis,
Laissant la pensée pantelante
Et les cinq sens fort engourdis.
Songez que le mistral lui-même,
Vaincu, avait cherché ailleurs
Le grand large d'un autre thème
Né sous des horizons meilleurs !
"Allons ! lança notre poète,
Il se trouvera bien ici
Quelque tournure mignonnette
Pour commencer un bel écrit !"
Ne voulant point perdre la face,
Sa Majesté l'Alexandrin
Se claquemura au Parnasse
Et se fit colosse d'airain.
Sollicité, l'octosyllabe,
Prenant ses jambes à son cou,
Tel une araignée, tel un crabe,
Se carapata comme un fou !
"Bah, ce n'est rien, grognait notre homme,
Je puis composer d'autre vers,
Tous me sont familiers, en somme ...
Voyons ... Que disent les impairs ?"
Ni cinq, ni sept, ni neuf, ni onze,
Pas une ligne, pas un trait !
Et toujours ce soleil de bronze
Qui cognait, qui s'alourdissait ...
Mettant le nez à la fenêtre
Pour tuer ce diable de temps,
Il fut surpris de reconnaître
En lui de doux frémissements.
C'étaient une image soudaine,
Quelques bribes d'un pur élan,
Le silence d'une fontaine
Et le long vol d'un goéland ...
Alors, du tréfonds de ses fibres,
Monta la houle vaste, enfin,
Où se poursuivaient les vers libres,
Comme se tenant par la main.
Point de métrique, point de rimes,
Adieu cadence, adieu quatrains !
Mais ce feu des sommets intimes,
Ce chant des abysses marins ...
Or, descendue de l'empyrée,
Sa Muse tout près se tenait
Et sur l'écritoire inspirée
Du poète elle se penchait.
Elle souriait sans rien dire,
Indifférente à la touffeur,
Et voici que de ce sourire
Coula une claire fraîcheur ...
Une fantaisie inspirée par la canicule
et aussi par cette quête de ce qu'est la poésie,
au-delà des formes et des règles ...
Mon poète est rhodanien (comme moi)
car il se trouve que si le vent du Sahara vient à souffler,
la Vallée du Rhône constitue une voie royale pour son entrée triomphale
jusqu'à Lyon parfois.
"Highway to Hell" en somme ... :(
et aussi par cette quête de ce qu'est la poésie,
au-delà des formes et des règles ...
Mon poète est rhodanien (comme moi)
car il se trouve que si le vent du Sahara vient à souffler,
la Vallée du Rhône constitue une voie royale pour son entrée triomphale
jusqu'à Lyon parfois.
"Highway to Hell" en somme ... :(
