La factrice de l'île
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Elle avançait à bicyclette
Tous les matins sous sa casquette
L'océan longeait le chemin
Du paysage de marins
Les blocs de granit semés là
Par des géants, des korrigans
Du vent souvent lui parvenait
Cris des mouettes vers le port
L'odeur de l'iode l'enivrait
Ce voyage sans passeport
Qui suffisait à son bonheur
Et pédalant avec ardeur
Dans la boîte elle déposait
L'enveloppe tant attendue
Dans les chaumières isolées
Par les pluies et vents forts battues
Parfois volutes de café
Mais pas le temps de s'attarder
La tournée, sa priorité
Prenait le pas sur l'amitié
Au bar des marins, en soirée
Une autre tournée se fêtait
S'élevait le chant des anciens
Jusqu'au phare à l'île de Sein
Où le cri d'une mouette en vol
Plongeait sur les flots irisés
Par les rays de lune bleutée
Dans ce silence sans parole
