On trouve à l’écorce des arbres
Des lettres gravées au couteau
Très laidement, - alors qu’au marbre
Tout s’embellit sous le biseau. -
Ces initiales anonymes,
N’osant l’aveu de leur penchant,
Honteuses et pusillanimes,
Ne savent aimer qu’en se cachant.
Comme brodées sur un plastron
Tracées d’une pointe d’acier…
Aurait-on lié à ce tronc
Un couple d’amants supplicié ?
Un amoureux, une amoureuse,
Dont on apprend sur l’écusson
Percé d’une flèche rageuse
L’année de leur exécution !
Chacun croit que brûle, à l’autel
De chacune de ces gravures
Le cierge d’un couple immortel,
Sans extinction ni écornure…
On imagine deux amants
Filant le plus parfait amour,
Mais leur idylle, assurément,
Depuis longtemps a tourné court !
Et parions que cette date
Signe le jour de la rupture,
Départ de l’ingrat ou l’ingrate
Dont on déplore le parjure…
Pauvres et faibles hyménées
Nées de la pointe d’une lame,
Puissiez-vous mourir dans le drame,
Par une lame assassinées !
Avant de filer au tombeau
Gommez vos glyphes mortuaires !
L’écorce n’est pas un suaire
Ni l’arbre vif votre flambeau !
On quête, en ces lettres, la sienne,
Jointe à celle de l’être aimé
Et pour peu que cela advienne
Ah ! jamais on ne s’en remet
Tant on juge bas et infâme
De singer la passion d’autrui !
- Et si cet homme et cette femme
S’aimaient tels un porc et sa truie ?
S’ils étaient un couple maudit
De l’adultère habituel
Lié par modus vivendi ?
Sado-maso ou transsexuels ? -
Que cette flèche, droit au but,
Transperce leurs mauvaises chairs,
Tel le trident de Belzébuth
Ou la foudre de Jupiter !
On se prend à barrer de rage,
Sur l’écorce martyrisée,
Ces deux lettres faisant outrage
A notre amour sacralisé !
Plaignons les arbres de ce monde !
Les chiens sur eux lèvent la patte
Et les hommes, bien plus immondes,
Gravent leurs amours scélérates.
