Lespoetes.net

La poésie sur internet

Précédent Suivant

Prague, place Venceslas,17 janvier 1969
3

Quel est ce cri à peine humain
Qui glace le fond de la place ?
Quelqu'un sait-il ce qu'il se passe
Et pourquoi cette odeur étreint
La grisaille du ciel d'hiver ?
Mon sang se fige à cette vue :
Un homme en feu, en pleine rue,
Court, puis se tord ainsi qu'un ver.

Il s'est immolé devant nous,
Car l'espoir même, ici, succombe,
Car ce pays est une tombe,
Car le printemps est à genoux
Depuis qu'au plus fort de l'été,
Des chars, qui semblaient innombrables,
Roulant en flots inexorables,
L'ont renversé, l'ont écrasé.

On parvient à éteindre enfin
Ce corps, cette torche vivante
Qui nous a saisis d'épouvante
Et nous laisse à notre destin.
Il vit encore, enseveli
Dans les profondeurs de son râle …
Dans une ambulance banale
On l'emmène. Tout est fini.

Et le silence est retombé,
Absurde, fade et dérisoire …
Sur le pavé la trace noire
De son sacrifice a gravé
Le gouffre du temps arrêté,
La blessure de l'impossible,
Cette plaie de l'inaccessible,
La douleur de la liberté …
A la mémoire de Jan Palach,
jeune étudiant tchèque qui s'est immolé par le feu
le 17 janvier 1969,
en signe de protestation
contre l'écrasement du Printemps de Prague en août 1968

© Poème posté le 16/01/2019 par Ombrefeuille

...
× Illustration agrandie