La cité couleur cerise
Sur pilotis j’avais dressé
Une cité couleur cerise,
Vibrante d’ambre et de beauté,
Dont j’étais roi comme à Venise.
Rien n’était assez délicat
Assez radieux, assez illustre,
Pour rehausser d’or l’apparat
De ses palais, joyaux lacustres.
Mais l’eau coulait sous ses vieux ponts
Les sapant comme molle argile,
Et j’étais fou de déraison
Jugeant ses pierres immobiles.
De mes fenêtres j’ai vu choir
Un soir d’avril dans la mer pâle
Ce Pays sans jamais revoir
Son fard aux courbes idéales.
Mes lourds poèmes sur les flots
Ne savent plus de sa splendeur
Coulant sans brio ni écho,
Vers le trouble des profondeurs.
Ce monde désormais est d’eau,
De courants vifs et intrépides,
Il n’y tient plus que de vains mots
Au vent falot, de l’air, du vide.
