Une ombre de beauté
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Des tables vieilles et bancales
M’ont servi mes meilleurs festins,
J’ai bu en des aubes banales
La rosée pure des chemins,
Des lèvres fendues m’ont couvert
De mots embrasés peu communs,
Des rameaux tordus m’ont offert
Les plus raffinés des parfums,
J’ai surpris en des sols austères
Des fleurs superbes qui poussaient,
Compris quand les ciels dégénèrent
Qu’ils font place aux bonnes ondées,
J’ai vu sous des haillons pendants
Les plaines d’or de belles âmes,
Sous des parures inversement,
Le grand désert de bien de femmes.
Ainsi en va-t-il des poèmes,
Dans leurs défauts est leur attrait,
Canoniques ou bien bohèmes,
Tous ont une ombre de beauté.
