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Tubéreuse criminelle, histoire d'un parfum
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Tubéreuse criminelle

Dans mon cabinet des curiosités, trône, cachée
Une fiole de colère glaciale et méprisante
Un poison attendant celui qui souilla les yeux de la lune
L’astre m’ayant menti sur la relation qui les lia.

Comme un serpent orange et insidieux
Qui perça ma main et s’enroula autour
J’ai accumulé patiemment, par gouttes
A l’abri des regards indiscrets
Un poison dont les vapeurs nécrose mon esprit

Si l’assassinat est considéré comme un beau art
La tubéreuse choisie rendra la fleur au mal
Apportant dans un écrin de verre
La beauté d’une vengeance indolente

Je me prend d’une lascivité excessive
Et m’emporte contre la lune pour ses erreurs
Je voudrai retrouver le souilleur qu’elle a aimé
Pour lui distiller, subtilement, ma création
Et la voir hurler sur sa peau
Jusqu’à putréfaction

Mon poison prend forme
Deviens épais, visqueux et odorant
C’est un univers délaissé
Un soliflore d’une renaissance assassine
Un manteau de fourrure à la naphtaline
Un tranché sublime qui affute la splendeur
Et quand, sans bruit, il arrivera sur le souilleur
Pas une goutte de sang ne perlera
Sa vie, lentement s’en ira.

C’est l’agonie et l’extase

Mais je deviens de plus en plus fier
De ce poison de rancœur exsudé
Une fragrance prend forme dans mon flacon
Un aspect camphré envahissant à l’extrème
Un narcotique fumé, amer, toxique
Létal si j’ose s’accumulant par goutte
Dont les vapeurs acres et suffocantes
S’instille lentement dans mon cerveau



Le poison devient parfum, je ne tuerai pas
Mais cette odeur de tubéreuse mortelle, criminelle même
Me rappellera à chaque fois que cette folie
Qui me lacère et nécrose encore ma chair
Attend sagement dans cette fiole
Au pouvoir étrangement séducteur
Je la laisserai donc sur son étagère
J’en deviendrai étranger
Et essaie de l’oublier.

Mais inexorablement attiré par elle, je cède
Et lis, couvert de suie et de mensonge
Son histoire gravée sur le sable et dans des draps
Souillés par la chair de celui à qui ma fiole se destinait
Je devrais le savoir pourtant, ces incantations
Malfaisantes sont passées de mode
Sans plus aucun pouvoir.
Pourquoi donc déboucher et poser mon nez sur cette fiole,
Si ce n’est pour y ressouffler une vie
Sous assistance médicale
Comme une seringue injectant en moi ce douloureux poison
Qui deviendra incandescent dans mon esprit
Puis dans ma bouche
Que voilà souillée également.

Mais me voilà proie au doute
Qui est la victime de cette folie distillée
Cristallisant une atmosphère passionnelle et mortifère
Je deviens la propre proie
M’enfermant petit à petit dans un cercueil de plomb
Ruminant une vengeance qui détruira à terme,
Aussi bien les yeux de la lune
Que ma santé mentale

Les crises violentes et obsessives ne s’apaisent qu’un instant
L’ataraxie est éphémère.
Une mécanique inlassable se met en place
La vengeance est elle une finalité ?

Je dois me débarrasser de cette fiole
Regorgeant de haine et de rancune
J’ai créé mon propre poison
Je m’en parfume chaque soir
J’en suis accro, une nouvelle nature
Une nouvelle peau que je ne reconnais plus
Je dois me débarrasser de cette fiole
Pour regarder, comme au premier jour
Dans les yeux de la lune.

© Poème posté le 10/06/2018 par Evcy

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