Moi, le maître du champ, du clos et du verger,
J’ai vu mûrir le fruit à la branche alourdie
Et la grappe charger le cep que son or plie,
Et j’ai laissé la porte ouverte à l’étranger !
Que tous entrent ici cueillir et vendanger.
Chacun selon sa force et selon son envie ;
Je pars... et que la mer, au gré du vent, dévie
Ma fortune nouvelle et mon vaisseau léger !
Je ne reviendrai plus ; vous m’oublierez. L’automne
Ramènera le fruit et la grappe. Personne
Ne se souviendra plus de celui dont la main
Planta l’arbre docile et la treille certaine,
Et qui changea, reprise à son Dieu souterrain,
La source sans visage en masque de fontaine.
Poème écrit par
Henri de REGNIER
Le départ
1
Extrait du recueil La sandale ailée (1906)
Mercure de France
Tous droits réservés © Poème posté le 16/08/2026 (modifié le 17/08/2026) par Jim
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