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Un fou
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Un fou

C'est un soir morne et insipide
d'un automne sans fruits, sur la terre
stérile et râpée
où erre l'ombre d'un centaure.

Par un chemin de la plaine aride,
entre des peupliers flétris,
tout seul avec son ombre et sa folie,
s'en va le fou, discourant à grands cris.

On voit au loin de sombres champs de cistes,
des collines couvertes de buissons et de ronces,
et des ruines d'anciennes chênaies
couronnant les aigres sommets.

Le fou vocifère,
tout seul avec son ombre et sa chimère.
Sa silhouette est horrible et grotesque ;
maigre, sale, dépenaillé et mal rasé,
des yeux de fièvre
illuminent son visage creusé.

Il fuit la ville... Pauvres vices,
misérables vertus et misérables tâches
d'employés ennuyés, dérisoires bassesses
de marchands oisifs.

Sur les champs de Dieu, le fou s'avance.
Au-delà de la Terre squelettique et sèche
- rouge de rouille et gris de cendre -
il y a au loin un songe d'iris.

Il fuit la ville ! L'ennui citadin !
- La chair triste et l'esprit grossier ! -
Aucune tragique amertume
n'a déchiré, brisé cette âme errante ;
elle expie le péché d'autrui : la sagesse,
la terrible sagesse de l'idiot.

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Un loco

Es una tarde mustia y desabrida
de un otoño sin frutos, en la tierra
estéril y raída
donde la sombra de un centauro yerra.

Por un camino en la árida llanura,
entre álamos marchitos,
a solas con su sombra y su locura
va el loco, hablando a gritos.

Lejos se ven sombríos estepares,
colinas con malezas y cambrones,
y ruinas de viejos encinares,
coronando los agrios serrijones.

El loco vocifera
a solas con su sombra y su quimera.
Es horrible y grotesta su figura;
flaco, sucio, maltrecho y mal rapado,
ojos de calentura
iluminan su rostro demacrado.

Huye de la ciudad… Pobres maldades,
misérrimas virtudes y quehaceres
de chulos aburridos, y ruindades
de ociosos mercaderes.

Por los campos de Dios el loco avanza.
Tras la tierra esquelética y sequiza
?rojo de herrumbre y pardo de ceniza?
hay un sueño de lirio en lontananza.

Huye de la ciudad. ¡El tedio urbano!
?¡carne triste y espíritu villano!?.
No fue por una trágica amargura
esta alma errante desgajada y rota;
purga un pecado ajeno: la cordura,
la terrible cordura del idiota.
(Champs de Castille - 1907 / 1917)
Trad. : Sylvie Léger & Bernard Sesé

Tous droits réservés © Poème posté le 23/04/2024 par Jim

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