Cette outre en peau de chèvre, ô buveur, est gonflée
De l’esprit éloquent des vignes que Théra,
Se tordant sur les flots, noire, déchevelée,
Étendit au puissant soleil qui les dora.
Théra ne s’orne plus de myrtes ni d’yeuses,
Ni de la verte absinthe agréable aux troupeaux,
Depuis que, remplissant ses veines furieuses,
Le feu plutonien l’agite sans repos.
Son front grondeur se perd sous une rouge nue ;
Des ruisseaux dévorants ouvrent ses mamelons ;
Ainsi qu’une Bacchante, elle est farouche et nue,
Et sur ses flancs intacts roule des pampres blonds.
Poème écrit par
Anatole FRANCE
Théra
In Les poèmes dorés
1872
1872
Tous droits réservés © Poème posté le 20/09/2023 par Rickways
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