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Couverture de H O L'aurore des mondes

H O L'aurore des mondes

par Gérard Taverne

Type d'ouvrage: Roman

Nombre de pages: 252

Prix: 14,80

Date d'édition: 09-12-2021

Présentation

Trois amis d'enfance se retrouvent après 18 années de séparation.
Est-ce l'œuvre du hasard ?
Leurs destins déjà meurtris basculeront quand chacun rencontrera une silhouette inquiétante…
Un être étrange qui laisse toujours derrière lui deux lettres énigmatiques : H O.
L’histoire débute dans le Toulouse de l’aéropostale, celle de Saint-Exupéry pour se terminer en 1965.
Au bord de la Garonne, deux enfants Maria et Robin disparaissent.
Une avocate Angie, plongée dans le coma, lutte pour survivre…
Vincent, Josélin, Nino, devront s'unir et puiser dans leurs ultimes ressources afin de livrer un terrible combat contre le temps et tous les dangers.
Le miroir d'une époque avec tous ses laissés-pour-compte qui à travers failles et fragilités, vont nous révéler leur profonde humanité dans une lutte héroïque, résiliente.
Une quête initiatique, une renaissance et en toile de fond deux histoires d'amour.

https://www.amazon.fr/dp/B09MYYYTV1

Extrait

« Presque 17h, je dois le voir... Lui seul peut m’aider ! »
La veille, le mardi 7 septembre, dès le matin, il recevait la lettre de son ami d’enfance, Nino. Il la portait sur lui, dans la poche arrière de son jean. Il la déplia pour la relire.
Mon ami, mon frère.
Te souviens-tu ? C’est ainsi que nous nous saluions, toi, Josélin et moi. Nous restions inséparables, en plein cœur de notre jeune vie, et notre amitié forgeait en nous les adultes de demain. Pas une ombre... Jusqu’au terrible jour du 20 mai 1947 ! Nous avions 15 ans et lui 12...
Te souviens-tu ? Ce soir-là, la folie des hommes arracha Josélin à notre tendre insouciance. Des blouses blanches l’ont emporté loin, dans un monde clos, empli de vacarmes, de cris, de douleurs... Nous sommes devenus orphelins de cœur !
Te souviens-tu ? Nous fêtions nos anniversaires au château... Le 28 mai dernier, il a eu 30 ans... seul ! Comme les 18 années d’enfermement qu’il vient de subir dans les hôpitaux psychiatriques ! Un univers qui est régi par la folie, les délires, la violence, la souffrance !
Personne ne peut sortir indemne de cet endroit !
Avec toi, je n’ai pu l’imaginer autrement qu’un combattant valeureux, résistant, courageux, employant mille ruses, pour rester un peu plus lui-même, chaque jour, chaque heure, chaque seconde.

J’ai harcelé les institutions publiques pendant des années pour obtenir sa libération. J’ai enfin réussi ! Il sortira bientôt. J’ai adressé une lettre à l’hôtel qui lui a été réservé. Il viendra nous rejoindre.
J’ai bénéficié d’une mutation et d’un nouveau poste dans notre quartier, les Sept Deniers, tu liras mes coordonnées au dos.

Nous n’avons cessé de nous écrire, toi et moi, nous savons tout l’un de l’autre. Moi j’ai suivi ma vocation, toi tu es devenu un guerrier d’élite, et lui un petit ange devant ses bourreaux ! Je souffre en silence du drame qui t’a frappé un soir d’été. Tous les jours à la même heure, je me recueille, pour envoyer à ANGIE l’énergie nécessaire à son ultime combat.
J’ai hâte de vous retrouver ! Viens vite ! Il aura besoin de nous !
Vois-tu, je ne vous ai jamais oublié. Quand j’avais mal à ma vie, quand le doute me paralysait, quand le désespoir noircissait mon cœur, j'imaginais vos deux visages si doux, si rayonnants, irradiant cette lumière, qui éveille sans éblouir, alors, je puisais dans cette pureté pour me rafraîchir de courages et de vigueurs !
Bien à toi,
Ton ami, ton frère. Nino

Les mères de famille commençaient, une à une, à se réunir devant le portail noir en fer forgé de l’école primaire des Sept Deniers. Elles formaient de minuscules groupes qui s’allongeaient sur le trottoir bordé par une allée de platanes majestueux et centenaires, dont les hautes ramures semblaient veiller sur ce petit monde.
En face, sur les fils électriques, les hirondelles s’assemblaient. Elles se blottissaient, les unes contre les autres, agitant leurs ailes, leurs cous, leurs têtes, leurs becs, dans une frénésie joyeuse, déjà impatientes de plonger dans leur grand voyage vers l’Afrique !
À 16h pile la sonnerie retentit, stridente, oppressante, comme si le temps ne pouvait plus se contenir. Dès que la porte s’ouvrit, une nuée de galopins se précipita dans l’allée qui menait au portail. Tous criaient, gesticulaient, trop heureux de se libérer d’une attitude longuement entravée.
Certains rejoignaient leurs mères en sautillant d’empressement. D’autres évoluaient plus lentement, sachant déjà qu’ils ne seraient pas accueillis...
Ils devront rester à l’écart, attendre qu’on daigne les voir, en se balançant d’un pied à l’autre pour chasser leurs angoisses qui commençaient très tôt à assombrir leur demain !
Deux enfants s’approchèrent du bord de la route, au niveau du passage piéton. Le garçon aida la fille à fixer sur son dos un cartable neuf, presque aussi grand qu’elle. Il remonta ensuite la fermeture éclair de son anorak et lui prit la main. Ils s’arrêtèrent. Venant de la gauche, entouré de fumées, de bruits grinçants, le camion du ferrailleur avançait péniblement en cahotant. À travers le pare-brise, on distinguait à peine le visage du conducteur qui disparaissait derrière un énorme volant. La marchandise instable débordait de tous les côtés, pourtant, rien ne s’échappait ! L’essieu arrière surchargé soulevait l’avant du véhicule ! Les spectateurs ébahis se reculèrent, craignant que l’ensemble ne se disloquât brutalement ! À l’instant où ce bric-à-brac arriva à la hauteur des deux écoliers, ils furent médusés par ce demi-bonhomme, avec son demi-mégot, coiffé d’une casquette à la couleur improbable, bigarrée par le cambouis et les éclats de peintures antiques !
On ne savait pas trop comment, mais cette chose progressait en cliquetant. Elle finit par s’éloigner sans que prodigieusement rien ne tombât.
Encore amusés de cet interlude burlesque, les deux enfants traversèrent la route. Sur le trottoir d’en face, ils cheminèrent vers les Ponts-Jumeaux. Ils logeaient dans la cité ouvrière toute proche.

Extrait 3
Adossé à la lisière de la forêt, dominant le jardin luxuriant, les portes, les fenêtres ouvertes, le balcon fleuri, étincelant sous les rayons bleutés, le chalet de montagne resplendissait dans cette douce matinée de septembre. Il semblait inviter l’exalté à la sérénité, le voyageur fourbu au repos, l’homme perdu à rejoindre son chaleureux foyer...
En s’appuyant sur ses béquilles, Vincent, très ému, se retourna vers ses deux amis.
— Je croyais retrouver une maison abandonnée, éteinte, sans âme et vous l’avez magnifiée comme jamais, je suis bouleversé... Je viens de renaître...
Josélin échangea un bref regard complice avec Nino qui répondit :
— Nous n’avons rien entrepris... Angie voulait t’offrir ce grand moment... Nous te laissons seul avec elle... Elle t’attend depuis trois jours !
La porte s’ouvrit, Angie bondit lumineuse dans sa belle robe d’été, sur la petite allée de granit, sa foulée semblait si légère qu’elle ne touchait presque pas le sol...
Dans l’intensité du moment, le temps se ralentissait, elle venait vers lui animée par un mouvement sans fin qui enflammait ses mémoires, celles pour lesquelles, il avait lutté sans cesse, afin qu’elles ne meurent pas !
En plein élan, elle serra dans ses bras avec une force délicate Vincent qui ne pouvait plus contenir sa vive émotion...
— Pardonne-moi ! pardonne-moi !
— Pour ton retard ? Il est vrai que j’espérais ton retour depuis lundi, mais cela apparaît tellement secondaire ! oublions tout ceci, veux-tu ? Sais-tu à quel instant j’ai repris réellement connaissance ?
— Je t’ai mise en danger et ton oubli m’a déjà pardonné... Cette délicatesse qui t’honore bien souvent me touche plus que tout... Pour répondre à ta question : c’était le jeudi 9 septembre à 16 h, tu étais assise sur le lit et tu réclamais un solide repas à une équipe soignante médusée ! Nino m’a appris la bonne nouvelle alors que j’étais hospitalisé... Je me suis senti guérir aussitôt !
— Non ! un jour avant, mercredi soir... Quand tu m’as pris la main, chacun de tes mots a résonné dans mon inconscient, un à un, ils m’ont ramenée vers la vie :

Petit ange,
Je sais que tu es là, je sais que tu m’entends,
Par-delà nos corps déchirés, par-delà le mal des
Hommes, Par-delà le sang qui s’écoule
De nos cœurs meurtris
Par-delà la vie, par-delà la mort
Le ciel reliera toujours nos âmes sœurs.
Tu es ma lumière et par toi je vois,
Dans ma vie brisée par le fracas de ce monde,
C’est par toi que j’avance un pas de plus.
Par-delà les brumes de mes larmes
Demeure un peu plus longtemps !
Juste un peu plus !
Pour éloigner l’ombre de ma peine,
Qui vit en moi dans ton souvenir !
— J’ai prononcé cela, moi, un guerrier, un béret vert, un instit... Je devais me trouver dans un état second, je voulais simplement dire que je tenais à toi !
— Simplement ? s’étonna Angie, en effet... On ne peut s’exprimer plus sobrement !
Et leur joie mêlée s’embrasa,
Rires orphelins, enfin réunis !