100 mots ou presque
par Luc Fayard ( Lfone )
Type d'ouvrage: Recueil de nouvelles
Nombre de pages: 248
Prix: 25
Date d'édition: 01-07-2009
Présentation
Voici la vie quotidienne, l'amour et la souffrance, le rire aussi et la nostalgie. Ces nouvelles fugitives parlent de rêves et d'animaux, de l'enfance et de l'amitié. Certaines sont de vrais polars, d'autres des romans de science-fiction. Quatre-vingt-cinq histoires courtes, chacune tirée d'un seul mot et présentées par ordre alphabétique, de A comme "Amour" à Z comme "ZZZ". On peut les lire comme on veut, en séquence, en choisissant son mot dans la table des mots ou en piochant au hasard des pages.
Extrait
Amour
Julien dormait la fenêtre ouverte, dans l'espoir que les mauvais rêves et les ombres de la mort s'enfuient par là comme des zombies. Ce matin-là, à son réveil pâteux, levant les yeux avec paresse, il eut la surprise d'apercevoir un petit être gris assis sur le rebord de la lucarne. Comment diable l'énergumène était-il entré ? Le lorgnant de ses yeux perçants tel un oiseau de mauvais augure, l'intrus ouvrit tout à coup la bouche :
-Pourquoi ne crois-tu plus en rien ? piailla-t-il d'une voix criarde.
Tout en parlant, il n'arrêtait pas de gigoter. Les bras tendus le long du corps, ses mains posées à plat sur le rebord de la fenêtre, il s'appuyait dessus en sautillant du postérieur comme si les fesses lui brûlaient.
- D'où viens-tu et qui es-tu, d'abord, pour m'agacer dès le matin ? grommela julien.
- Il est midi.
- Chacun son heure.
- Tu n'as pas répondu à ma question.
- Je crois à la mort, dit Julien d'un ton définitif.
Tout cela l'ennuyait déjà. Une conversation philosophique, dès le matin, impensable ! Et avec un inconnu, qui plus est ! Il n'avait qu'une envie, s'enfouir sous les draps moites de la nuit et oublier le temps, repartir dans ses rêves, longtemps, là où tout est flou, tout est possible.
Mais l'être bizarre s'agitait toujours, son long nez pointant vers le lit. Les coudes écartés, il les abaissait et les relevait dans une gestuelle ridicule.
- On n'a pas besoin de croire à la mort, imbécile, elle viendra quoi qu'il arrive ! couina-t-il d'un ton suraigu.
Et il m'engueule en plus, cet abruti ! Julien se dressa à moitié, bien décidé à lui clouer le bec.
- La supériorité de la mort à la vie, dit-il, c'est son côté définitif.
- Crois-tu à l'amour ?
Je vois ! L'individu est un adepte de la dialectique, un folliculaire sans doute, capable de changer de sujet sans prévenir, histoire de déstabiliser son interlocuteur.
- L'amour, c'est comme le bonheur ou la souffrance, dit Julien : tout est dans l'idée que chacun s'en fait et, cette idée, personne d'autre ne peut pas la connaître.
Gagné ! Le nabot gris avait enfin stoppé son frétillement. Les épaules affaissées, le menton pendant sur la poitrine, quasiment K.O., il respirait par à-coups, cherchant son souffle.
Au bout d'un moment, il leva la tête et fixa de ses yeux jaunes l'homme allongé qui baillait :
- Et si je m'envolais, là, maintenant, croirais-tu à l'amour ?
- Vas-y donc, animal, disparais, marmonna julien sarcastique. Quand tu seras parti, je pourrai me rendormir.
Aveuglé par la lumière crue de midi qui embrasait la lucarne, il ne distinguait plus du petit être qu'une tache noire, une ombre chinoise. Dans une série de mouvements nerveux, le pantin se tourna vers l'extérieur, redressa les épaules, agita les bras, se souleva bizarrement. Et il s'envola dans le bleu du ciel.
Quand Julien se réveilla, la cloche sonnait midi à l'église voisine, la pluie entrait drue par la croisée ouverte et, sur le rebord de la fenêtre, un corbeau noir luisant le regardait fixement d'un air las.
Julien dormait la fenêtre ouverte, dans l'espoir que les mauvais rêves et les ombres de la mort s'enfuient par là comme des zombies. Ce matin-là, à son réveil pâteux, levant les yeux avec paresse, il eut la surprise d'apercevoir un petit être gris assis sur le rebord de la lucarne. Comment diable l'énergumène était-il entré ? Le lorgnant de ses yeux perçants tel un oiseau de mauvais augure, l'intrus ouvrit tout à coup la bouche :
-Pourquoi ne crois-tu plus en rien ? piailla-t-il d'une voix criarde.
Tout en parlant, il n'arrêtait pas de gigoter. Les bras tendus le long du corps, ses mains posées à plat sur le rebord de la fenêtre, il s'appuyait dessus en sautillant du postérieur comme si les fesses lui brûlaient.
- D'où viens-tu et qui es-tu, d'abord, pour m'agacer dès le matin ? grommela julien.
- Il est midi.
- Chacun son heure.
- Tu n'as pas répondu à ma question.
- Je crois à la mort, dit Julien d'un ton définitif.
Tout cela l'ennuyait déjà. Une conversation philosophique, dès le matin, impensable ! Et avec un inconnu, qui plus est ! Il n'avait qu'une envie, s'enfouir sous les draps moites de la nuit et oublier le temps, repartir dans ses rêves, longtemps, là où tout est flou, tout est possible.
Mais l'être bizarre s'agitait toujours, son long nez pointant vers le lit. Les coudes écartés, il les abaissait et les relevait dans une gestuelle ridicule.
- On n'a pas besoin de croire à la mort, imbécile, elle viendra quoi qu'il arrive ! couina-t-il d'un ton suraigu.
Et il m'engueule en plus, cet abruti ! Julien se dressa à moitié, bien décidé à lui clouer le bec.
- La supériorité de la mort à la vie, dit-il, c'est son côté définitif.
- Crois-tu à l'amour ?
Je vois ! L'individu est un adepte de la dialectique, un folliculaire sans doute, capable de changer de sujet sans prévenir, histoire de déstabiliser son interlocuteur.
- L'amour, c'est comme le bonheur ou la souffrance, dit Julien : tout est dans l'idée que chacun s'en fait et, cette idée, personne d'autre ne peut pas la connaître.
Gagné ! Le nabot gris avait enfin stoppé son frétillement. Les épaules affaissées, le menton pendant sur la poitrine, quasiment K.O., il respirait par à-coups, cherchant son souffle.
Au bout d'un moment, il leva la tête et fixa de ses yeux jaunes l'homme allongé qui baillait :
- Et si je m'envolais, là, maintenant, croirais-tu à l'amour ?
- Vas-y donc, animal, disparais, marmonna julien sarcastique. Quand tu seras parti, je pourrai me rendormir.
Aveuglé par la lumière crue de midi qui embrasait la lucarne, il ne distinguait plus du petit être qu'une tache noire, une ombre chinoise. Dans une série de mouvements nerveux, le pantin se tourna vers l'extérieur, redressa les épaules, agita les bras, se souleva bizarrement. Et il s'envola dans le bleu du ciel.
Quand Julien se réveilla, la cloche sonnait midi à l'église voisine, la pluie entrait drue par la croisée ouverte et, sur le rebord de la fenêtre, un corbeau noir luisant le regardait fixement d'un air las.
