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Par : Antigone
LE JOUR SE PROMENAIT
Le jour se promenait et tardait à descendre,
La source fredonnait aux portes de la nuit ;
Mon cœur se languissait de ses baisers si tendres
Qui butinaient mon corps, jadis, comme un beau fruit.
Il est parti voguer pour libérer la terre
A bord d’un cuirassé, sans me dire au revoir,
Il n’avait que vingt-ans, il allait à la guerre
En me laissant ici avec mon désespoir.
Epiant, à tout moment, la porte qui, peut-être,
Ramènerait enfin mon marin au long cours,
J’ai attendu, en vain, guettant à ma fenêtre,
Tout au bout du chemin, les pas de son retour.
A l’aube de la nuit, émergeant du silence,
J’ai lancé vers le ciel un appel déchirant,
Le parfum des jasmins dans ce jardin immense
Flottait dans l’air du soir en bouquets envoûtants.
Adossée au vieil orme envahie d’amertume,
Je méditais sans fin, mon désarroi fut grand !
J’entendis au lointain comme un hymne posthume :
C’est son âme éthérée que m’apportait le vent :
La Mort, un gris matin, est venue le surprendre
Alors que son bâteau s’apprêtait à partir,
Ils ne m’ont rapporté que l’urne de ses cendres…
…Où le feu a enfoui son tout dernier soupir.
oOo
Posté à 14h06 le 12 juil. 10
Sujet sensible délicat à commenter sur le fond. Je m'abstiens donc. Sur la forme, j'articule spontanément "épiant" et "enfoui" en diérèse et non pas synérèse. J'ignore qui serait fautif et m'en contrefiche; dès lors qu'une règle devient un diktat, ma poubelle l'accueille, considérant que le jugement prime qui mène, non à la soumission à une règle et à son arbitraire, mais à l'adaptation offrant l'occasion d'exprimer son goût, et le risque de se planter. Le but de la conformité est l'évitement du risque, et sans risque, rien de neuf, donc sans intérêt. Bon, dié ou syné, c'est pas un grand risque qui fera tonner Zeus !...
Posté à 03h08 le 13 juil. 10
superbe comme d'habitude
merci antigone
Posté à 13h57 le 14 août 10
J'ai grandement apprécié la lecture de ce poème en trébuchant, (mais est-ce bien grave ?) sur épiant moi aussi.
J'aime toujours autant te lire.
Cordialement
Posté à 18h38 le 14 août 10
Je suis navrée de ne répondre que maintenant, mais j'ai dû faire réparer mon PC et je viens, enfin, de le récupérer... avec un Disque Dur supplémentaire et nouveau système de refroidissement... J'espère qu'il ne me lâchera plus... Jusqu'à la prochaine fois (il est temps que je m'offre de PC PORTABLE !) ; en tout cas, merci d'être passé tous les trois sur ce poème... et d'avoir aimé... malgré ses imperfections.
Amitié,
Antigone.
Posté à 21h25 le 12 déc. 10
Posts:
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Membre
Ben moi, en fidèle analphabète de la poésie que je suis(lol), je n'ai trebuché que sur la fin, avec des larmes au fond de mon coeur pour la souffrance de celle qui reste sur le quai...
merci Antigone, pour cette émotion partagée...
Tof
Posté à 21h34 le 12 déc. 10
J'ai beaucoup aimé aussi.
Je trouve superbe le style à la fois très clair (on comprend tout tout de suite) et très imagé :
"Le jour se promenait"
"les pas de son retour".
C'est très très maîtrisé, et tout à fait émouvant.
PS : Perso : je prononce "épiant" et "enfoui" en deux syllabes et Malherbe, je crois, disait : "Si vous voulez savoir comment parler français, allez entendre le peuple sur le pont Neuf".
Sachant qu'à son époque, les marchands de poissons prononçaient peut-être "épiant" et "enfoui" en trois syllabes, pour achever d'embrouiller tout le monde.
Posté à 22h09 le 12 déc. 10
J'ai fait des recherches :
Racine écrit "épier" en trois syllabes :
"Je ne sais pas du moins épier ses discours." (Britannicus)
Et La Fontaine écrit "enfoui" en trois syllabes :
"Il avait dans la terre une somme enfouie" (Fables l'avare).
A mon avis, il ne faut plus faire comme eux.
Posté à 22h19 le 12 déc. 10
Chassamor a écrit : Perso : je prononce "épiant" et "enfoui" en deux syllabes et Malherbe, je crois, disait : "Si vous voulez savoir comment parler français, allez entendre le peuple sur le pont Neuf".
Sachant qu'à son époque, les marchands de poissons prononçaient peut-être "épiant" et "enfoui" en trois syllabes, pour achever d'embrouiller tout le monde.
Juste une petite rectification : c'est aux crocheteurs du Port-au-foin que Malherbe renvoyait ceux qui venaient lui demander si telle ou telle expression pouvait se dire ou s'écrire. Ces crocheteurs étaient des portefaix dont le vocabulaire était plutôt limité. C'était évidemment une boutade, mais Malherbe s'élevait ainsi contre l'envahissement de la langue par des mots nouveaux venus d'ailleurs et surtout de l'époque gréco-latine.Pour lui, il fallait être clair et compris de tous même d'un crocheteur du Port-au-foin.
Quant au Pont-Neuf, ce sont, entre autre, des bateleurs qu'on y trouvait et le petit Jean-Baptiste Poquelin venat s'y divertir avec, dit-on, son grand-père. Il s'en souviendra plus tard.
Ninon RJ
Posté à 10h43 le 13 déc. 10
Bravo à Ninon. J'ai vérifié et j'ai trouvé cette phrase :
"Malherbe n’admettait pas qu’on pût écrire un mot que les crocheteurs ne comprissent et ne connussent pas."
C'est une note dans les "Remarques sur la langue françoise" de Vaugelas, qu'on trouve en cherchant sur google "Malherbe crocheteur".
Belle érudition, ma foi...
Posté à 22h51 le 23 déc. 10
[Ancien membre] Bonjour Antigone
attendu, en
petit hiatus
envahie d’amertume
envahie devrait être élidé
âme éthérée que
idem pour éthérée
est venue le
idem pour venue
feu a enfoui
double hiatus
Ceci dit, je reste fan de vos écrits, pleins de nuances subtiles et de musique.
Jérôme
Posté à 13h53 le 30 déc. 10
[Ancien membre] J'ajoute que genre et nombre des rimes doivent s'accorder, ce qui n'est pas toujours le cas dans ce texte.
Posté à 14h01 le 30 déc. 10
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