Ca m'a pris jeudi dans la nuit vers trois heures du matin je crois. Je dis ça parcequ'il me semble avoir entendu pépé descendre pisser et c'est son heure.
C'est venu sans prévenir, je me suis réveillé et j'avais mal. Une espèce de douleur qui dit pas son nom, de celle qu'on crie pas, parceque ça vaut pas le coup, qu'elle est pas bien grande, tout en pensant qu'on aimerait bien puisque quand même ça fait mal... seulement voilà, on crie pas, alors forcément ça reste.
Si on criait une bonne fois, on se sentirait mieux c'est certain, mais non, on a notre quant à soi et puis un homme ça pleure pas, pépé l'a dit y'a longtemps et il en reste là.
Donc depuis jeudi j'ai mal. C'est diffus, oppressant, un peu comme si tata Lulu s'asseyait sur ma poitrine. Vous connaissez pas tata Lulu, évidemment, mais si vous la connaissiez vous sauriez.
Elle a un volume oscillant qui jamais ne s'écarte exagérément de celui du baleineau de deux semaines, je dis ça parceque samedi elle est passée chez nous et on s'est baigné.
Elle est gentille tata Lulu, elle m'a serré contre sa poitrine, et m'a dit "ça va aller, ça va aller...". Ben justement ça n'allait pas trop, parceque tata Lulu elle a des seins comme des étouffoirs où on peut mourir de n'y plus respirer, et là c'était moins une.
Je suis entré dans l'eau et elle a plongé. J'ai pensé au tsunami là-bas je sais plus où. J'avais heureusement prévenu le coup en m'agrippant fortement à la margelle, c'est ce qui a dû me sauver, en tout cas maman a eu peur parcequ'elle c'est assise sur son bain de soleil et m'a demandé "ça va?" . Oui, oui, ça va, ça va, comme un rescapé quoi, mais ça va.
Un peu plus tard allongées au soleil, maman a demandé a tata "tu peux rester ce soir?" et Lulu a répondu "bien sûr! je reste quelque jour même si tu veux" ma mère m'a regardé en répondant "je veux bien" et j'ai eu l'impression que son regard se voilait, mais bon, j'étais dans la piscine et y'avait plein d'eau partout, jusque dans mes yeux.
Dans la soirée, j'ai repensé à ma petite douleur et m'en suis plains à maman. "je sais mon grand je sais" et elle m'a serré fort très fort contre elle. Maman quand elle me serre c'est toujours doux et ça sent bon, jamais j'étouffe et j'ai toujours envie de rester là à manger sa chaleur.
Puis elle m'a écarté doucement et m'a dit qu'il fallait que j'aille au lit tôt ce soir puisque demain on avait rendez-vous à huit heure avec le cancérologue. C'est un docteur qui doit me faire partir la petite douleur.
Maman m'a dit que je resterai quelques jours avec d'autres enfants, mais qu'elle sera avec moi.
Ce doit être un peu comme une colonie de vacance, l'an passé quand je suis parti maman a pleuré. Moi non, pépé était avec maman devant le car, alors je pleurais pas bien sûr.
Là je pense que pépé ne vient pas, et elle doit pas vouloir pleurer comme la dernière fois, alors elle va rester avec moi.
Elle a bien essayé de m'expliquer tout ça hier, mais ça m'a paru compliqué. Je verrai ça demain. Du moment qu'elle est là...