La poésie sur internet
Votre session va bientôt expirer. Souhaitez-vous rester connecté ?
Temps restant :
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Par : Johnyvel
Bonjour à tous ! Voici un petit texte tout frais écrit en descendant du bus 82.
Un soir dans le bus. Les jeunes se lèvent, les vieux s’assoient. On lit, on téléphone et on discute. On passe devant le jardin du Luxembourg, devant le champ de Mars, devant la tour Eiffel, devant le Trocadéro. On écoute de la musique. Du rap, américain. On est polis, on est gentils, on est distant et on se répugne mutuellement. On se regarde, du bord de l’œil, la pupille cachée dans un livre et l’attention portée vers la dame. La dame, elle, pense et pense ailleurs. Dès que le champ est libre, on la regarde de tout ses yeux. Du bord de l’œil en passant par la pupille et jusqu’au bord opposé. Sur sa tête sans chapeau, sur ses épaules nues. Sur son nez plein de soleil et sur ses yeux pleins d'ombre.
Le bus s'arrête devant la tour Eiffel. Le monument est à droite. Elle regarde à gauche. Elle regarde un manège, des vendeurs de tours Eiffel, la Seine. L’eau est saupoudrée de paillettes de soleil, et une péniche,sous le pont, se fond dans l’obscurité. Au loin la dame aperçoit le métro qui passe. Dans ce métro, des parisiens ont l’allure de touristes. Ils savent que ce paysage est mouvant, et ils prennent des photos. Le métro s’enfonce dans un tunnels et le paysage n'est déjà plus le même. Ils ont eu raison de le prendre en photo.
Le bus repart et l’on retrouve son visage; celui de la dame, dont les yeux ne sont plus dans le décor mais rivés sur ceux de ce lycéen qui écoute du rap, américain. Il est grand de taille et n’a jamais fait l’amour. Il se donne des airs, et ça marche. Son cou maigre et raffiné exhibe une pomme d’Adam fière et proéminente. Elle est impressionnée. Ses yeux verts se baignent dans les fontaines du Trocadéro et elle imagine qu’il se noie en elle. L’excitation est palpable. Dans le bus, on lit et on discute.
A ce moment précis, un clochard entre par l’arrière. Ça pue ! On le regarde avec pitié, et sans gêne. Un couple dégouté descend du bus, poliment. Les portes se ferment, et, au même moment, on tape violemment sur la vitre ! « Ouvrez ! Je veux descendre !». Le chauffeur presse son bouton fétiche et le clochard appuyé sur la porte manque de tomber sur le sol. La dame réagit en mimiques, au cas où le jeune homme la regarderait. En fait, elle communique avec lui à propos de ce qu'il vient de se passer. Lui, sourd de l’œil gauche, regarde le couple à travers la vitre. Il pleut sur leurs gueules tandis que le clochard se baigne sous les fontaines du Trocadéro. La dame, schizophrène, continue de parler toute seule, et de tout son visage. La chauffeur balaie tout le monde - le clochard, le couple et la tour Eiffel - d'un virage doux et moqueur.
La dame est belle, et pleine d’angoisse. Elle relève la tête pour regarder les nuages et son œil droit se découvre. Les nuages sont percés par le flot de la pluie et quelques rayons de soleil traversent leurs trous. Une ligne d’ombre (ou une ligne de lumière; à chacun de choisir) tranche obliquement le visage de la dame. Mais qu'importe. A l'abri dans le bus, la dame cubique est mouillée. Autour, on la regarde par tous les coins des yeux. Les lâches pupilles, elles, se cachent dans des livres quelconques. Loin de tout ça, le lycéen, fatigué, semble s'être endormi.
Posté à 22h07 le 07 avril 15
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.