Un de mes voisins s'en est allé au gré du vent.
Il vivait chez le voisin d'en face et d'en haut. Il me disait bonjour tous les matins et me souhaitait même bon matin à trois heures de l'après-midi au sortir d'une sieste. Il s'est posé élégamment sur le côté droit si on se place de son point de vue quand il m'observait.
C'était au passage de Gamède (2006, île de la Réunion), un petit cyclone surprenant qui a sapé entre autre un pont réputé solide.
Ce fut l'heure pour mon ami.
Esprits jumeaux et énantiomorphes, nous nous contemplions comme au temps de Merlin où l'homme et la nature étaient un. Vagabond sédentaire, oscillant souplement ses bras hiératiques, il arpentait et embrassait le ciel. Souvent, cet être singulier semblait me signifier qu'il faut garder espoir en la beauté et la tendresse. Il s'amusait aussi gracieusement à me faner en face de ma fenêtre et, si Éole était propice, sur mon seuil quelques pétales blancs et jaunes avec la pensée des cerisiers japonais ancestraux. Et lorsque étant nu, exposé au vent de l'hiver austral, un sourire céleste paraissait le vêtir.
Il n'a rien écrasé en se couchant. Son houppier reverdit de plus belle en son sommeil. Il s'est alité, là, en son cimetière dans sa simplicité majestueuse et enchanteresse pareil à un Bouddha végétal.
C'était un frangipanier (plumeria). Je le pleurerai le temps de quelques floraisons.
Shogui
2006
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