Un nocturne de Chopin pénètre le ciel sombre et dégagé de la lune. Les notes fondent de toute part, amenées par les larmes cigognes de la pluie, et claquées par des doigts volatiles. Le piano du souvenir. Sous le concert, je me balade seul avec mes pensées. Face à elles et à mes yeux, une femme. Les notes s'emportent quand s'emporte mon cœur. Il faut saisir l'instant crescendo, il faut l'embrasser. Mais trop tard! Trop tard ... Déjà, la pluie ralentit sa nocturne, déjà la lune descend pour rappeler le soleil et déjà se retourne le décor du temps. Contrôlé, chronométré et froid, notre baiser tardif est arrêté par la dernière note, et par la passion qui n'attend pas… L’instant d'après n'était pas le bon et nous le savons tous les deux. Je m'en vais sans tristesse car sans amour, mais pleins de pensées et de regrets. Notre temps est passé. Il n’y a plus de métros, il n'y a plus de musique, et il fait froid.