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Bon à Tirer, 18 eme

Par : Aglae

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Aglae

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PARIS 18 BON àTIRER


 - Qu’est- ce que tu dis Pat ? N’oublie pas que je suis sourde.
    - Il nous manque des textes sur « Paris » pour le prochain recueil.
    - Ca, c’est pas mon problème. J’ai déjà donné.
    - Bonjour la générosité ! Nous, on mouille not’ liquette comme des
forçats et nos potes, eux, ont peur de se fatiguer.
    -OOOOh ! D’accord. J’ai compris. Tu veux quoi ? Paris , c’est très grand
et c’est très vieux.
    - Mais je croyais que toi, tu étais née à Paris en 19...
-        C’est vrai. Mais quand un enfant naît à Paris, il n’est pas plus
parisien qu’un autre. C’est tout un apprentissage de devenir parisien.
Et en plus, dans le Paris de mon enfance, beaucoup de choses existaient qui
ont disparu depuis. Sur la devanture d’une teinturerie, près de chez mes
parents, on pouvait lire : « Deuil en 24 heures » et longtemps, je n’ai pas
compris ce qu’était un deuil. Quand j’ai compris : « deuil », je me suis dis
«  pourquoi en 24 heures ? »  C’est seulement à l’occasion d’un décès dans
ma famille, que j’ai vu les vêtements teints en noir en l’espace d’une
journée et que l’énigme s’est éclaircie…
    - Je vois. Mais  il est d’où, le petit gosse qui vient de naître à Paris
?
   - Je t’explique Il est seulement de son quartier,  et mon quartier à moi,
c’est le 18ème arrondissement. Et j’ai, de cette époque, de fameux souvenirs
!. Tu te rends compte que les petits métiers des rues existaient encore ?
On entendait : « Peaux d’lapin, Peaux… ». Je suis incapable de te dire si le
marchand vendait ou achetait les fameuses peaux. Je m’en foutais à vrai
dire, mais la chanson me charmait. Au marché, on entendait : » Marchand d’
lacets, marchand d’lacets !  » Je l’ignorai, mais c’était un reliquat du
Moyen Age dans le Paris du  vingtième siècle.

 - Dis donc, tu as des souvenirs de la dernière guerre ?
 -  J’étais pas en  première ligne …
 -  Grosse maligne…
-  Les cartes d’alimentation, tu connais, je passe. Mais un truc plus
marrant : j’étais allée chercher un masque à gaz au Moulin de la Galette,
désaffecté en raison de la guerre. On l’a rangé en bas d’une penderie, et on
en a plus parlé, mais ça devait être obligatoire…  Un autre jour, je
revenais de l’école, je vois une grande barrique sans
couvercle plantée sur un trottoir de l’avenue de St-Ouen.  Je m’approche et
regarde : c’était des olives vertes.
Je cours à la maison. Je raconte. Mes parents intrigués, me donnent de l’
argent avec pour consigne d’en acheter autant qu’on voudrait bien m’en
vendre. Je suis revenue, la bouche pleine, avec un kilo d’olives. Nous ne
saurons jamais pourquoi et par qui cette denrée inhabituelle avait été
expédiée. Pour en finir avec ce sujet, mes parents ne voulaient pas se
commettre  dans   les combines du marché noir. Mon père avait maigri de
quinze kilos. Une seule exception : le gigot de ma communion solennelle. Le
meilleur de ma vie. On en a parlé pendant six mois.
Est ce que tu vois le haut de la Butte Montmartre surmontée de sa pièce
montée en sucre de glace ?
- Oui, bien sûr.
- Nous allons descendre les jardins jusqu’au Boulevard Rochechouart et, de
là, par la place Blanche et la place Pigalle, nous arriverons Place Clichy.

- Est-ce que ce quartier était déjà aussi voyou que maintenant ?
- Aussi voyou, mais moins dangereux. Moins d’étalage de drogue et de sexe.
Les frangines et les proxo vaquaient à leurs petites affaires, mais personne
n’aurait fait de mal à une gamine comme moi, égarée dans le quartier. On m’
aurait plutôt raccompagnée chez mes parents. Les truands étaient armés le
moins possible.
- Pourquoi ?
- Réfléchis. Ça coûtait très cher de dessouder un commerçant au cours d’un
hold- up. Ils évitaient le plus possible de porter un flingue sur eux. Un
accident est si vite arrivé…
- Tu venais souvent dans ce quartier ?
- Non. Une fois ou deux je suis allée au cirque Médrano, où les clowns me
faisaient tordre de rire. Et, beaucoup plus tard, au Théâtre de Dix Heures
dont j’ai quelques souvenirs impérissables. Sont encore présents, trois
dinosaures de cette époque : Maurice Horgues (qui vient de nous quitter),
Anne Marie Carrière et Jean Amadou.
  - T’as pas un petit souvenir à raconter ?
  -  Si  tu insistes !! En 1942 ou 43, en pleine occupation, le rideau se
lève. Sur la scène, complètement vide, René Dorin est assis sur une chaise,
la tête entre les mains, les coudes sur les genoux, l’air accablé...Une
grosse minute s’écoule… Le public est silencieux… Dorin relève lentement le
visage et d’une voix cassée de désolation il dit :  « Ah !.Les vaches !!! »
Même un officier allemand dans la salle n’aurait rien pu lui reprocher.
Le public lui a fait un triomphe.
- Ca a du faire un effet bœuf?
- Oui, et c’est une expression de l’époque en plus.

- On continue ?
- Très peu, j’ai mal aux pieds . Là-bas, à gauche, le Lycée Jules Ferry. Mon
lycée. Avec quelques souvenirs de profs pas piqués des hannetons. Un certain
Monsieur Bidaud, agrégé d’allemand, qui nous donnait, pendant le premier
cours de l’année, la liste des règles à respecter  pendant ses classes  ,
et, ajoutait-il : » La non- observation à l’une quelconque de ces
prescriptions entraînera automatiquement la note zéro » J’en ris…
maintenant. Et Mademoiselle Herbert avec ses yeux de husky, vêtu d’un
éternel tailleur gris, chemisier blanc, veste de cuir gold. Sortant de son
bureau, mon père avait murmuré : « Une vraie peau de vache, celle-là !  «
Quel baume délicieux sur mon cœur. »

- On est Place Clichy ?
- Tout juste. En face de nous,  le Wepler, très grande brasserie parisienne
; et très ancienne. Un bon orchestre joue tous les après-midi dans ce
répertoire inimitable des brasseries parisiennes. Au premier étage, des
billards nombreux  et superbes. Demi-tour, ma grande. Tu vois l’hôtel Ibis
devant nous ? Hé bien, à cet emplacement  trônait  le Cinéma
Gaumont :  5000 fauteuils de velours rouge et des attractions
internationales, un orgue électrique surgissait du sol, balayé par des
rayons lumineux multicolores… Venir au Gaumont était une grande sortie avec
mes parents. Il fallait décider mon père. ce qui n’était pas une mince
affaire.

- Cette espèce de pont en fer, c’est quoi ?
 - C’est le pont Caulaincourt. Et en dessous  du pont, c’est le cimetière de
Montmartre. Renan et François Truffaut, Dalida et Sacha Guitry y sont
enterrés à quelques dizaines de mètres de nous.
- « Il suffit de passer le pont… »comme dit Brassens, et nous arrivons rue
Joseph de Maistre.
que nous descendons. A gauche, l’hôpital Bretonneau, réouvert depuis peu.
Et, presque en face,  une maison d’Editions nommée Atypiques Editions qui
commence à faire un certain bruit sur la place de Paris.
- J’en ai entendu parlé.
- Dés que j’   en  aurai l’occasion, j’irai voir ces braves gens.
Je te signale, Paricia, que j’ai habité cet immeuble tout en bas, au 86. Je
suis étonnée qu’il n’y ait pas une plaque commémorative sur la porte !!!! J’
ai un souvenir très désagréable dans cette maison. Deux fois, vers dix ans,
il m’est arrivé ceci : je revenais de l’école avec mon amie Chrissy. Nous
riions comme des folles. Chaque jour, c’était un bon moment. Mais tandis
que, elle, prudente, pensait à « prendre ses précautions » après les trois
cours du matin, moi, disons le tout net, je n’avais pas fait pipi depuis le
matin. Pendant que nous marchions
ensemble, tout allait bien. Mais, au moment précis où je m’arrêtais de
marcher, c’est à dire dans l’ascenseur… c’est ça ,vous avez compris : je
faisais pipi. Honteuse, je sortais au troisième étage, et pour me donner le
temps de réfléchir aux ennuis qui m’attendaient chez mes parents, je m’
asseyais sur les marches de l’escalier, sur quoi ? Sur la moquette rouge.
Et, trois minutes après, il fallait bien sonner, rouge jusqu’aux genoux et
inondée.

- Si on continuait - mais on ne continue pas, je suis rincée - on tomberait
sur « le Métropole »,
petit cinoche de quartier où j’ai vu Mistinguett ,à 72 ans montrer ses
célèbres jambes pour toucher un petit cacheton…C’était à pleurer.
C’est aussi au Métropole que j’ai vu quelques navets prodigieux. Mais je n’
avais pas la notion de » qualité » d’un film. Devant un mélo grandiloquent,
« les Abandonnées », sur la réhabilitation des prostituées, mes parents, au
bord du fou rire, m’avait récupérée inondée de larmes.
 Au-delà, c’est le quartier des Epinettes, et quand on parlait du costaud
des Epinettes, on avait tout dit de cet endroit excessivement populaire,
presque à la lisière de Paris et de la banlieue. On dirait aujourd’hui : «
un caïd »
Comme l’était aussi, populaire, la piscine de la Jonquière qui faisait
malgré sa vétusté manifeste les délices de nos  jeudis matin...Cette piscine
est une des plus anciennes de la capitale. Nous avions rendez vous le jeudi
matin avec deux ou trois camarades devant la porte. Des que nous avions
franchi les trois marches qui nous séparaient de la caisse, et c’est ce
moment là qui constitue le meilleur de mon souvenir, un ensemble de cris
joyeux, de rires, d’un brouhaha sympathique, un peu lointain, faisait battre
mon cœur d’une émotion délicieuse, pour un plaisir légèrement différé, et à
cause de cela, plus intense. A cela s’ajoutait une odeur de bain chaud,
légèrement javellisé, et les bassins bleus que nous apercevions bientôt,
semblaient une grande baignoire pour nos ébats de grands poissons bruyants
et rigolards.. Toute ma vie, j’ai ressenti cet instant d’arrivée dans une
piscine  comme un des meilleurs petits bonheurs de l’existence.
- Je sais plus où on en est.
- Peu importe, ma petite amie. Remontons par là.
Je suis née au 185 rue Ordener dans un immeuble tout noir qui deviendra tout
blanc après qu’ André Malraux aura lessivé Paris. A six ans, je faisais
rigoler tout l’immeuble en chantant à tue tête dans les escaliers :

    « Prosper, youp la boum
    « C’est le roi du macadam
    « Prosper, youp là boum
    « C’est le chéri de ces dames

    Au coin de la rue, une boulangerie ; j’achetais là ma ration de
roudoudou et des petites boites de coco. Deux minutes après ,j’arrivais à l’
école maternelle de la rue Vauvenargues. Je ne me souvenais jamais si je
devais rester
à la cantine ou revenir à la maison. Je ressens encore le malaise que me
causait chaque jour cet épuisant dilemme. Au moment des grandes grèves de
1936, je me revois descendant la rue en faisant l’avion avec mes bras en
hurlant : « Les soviets partout, les soviets partout. »
- T’étais pas très reposante comme petite fille !!!
- Non ça on peut pas dire.
- T’en as pas marre ?
- Si, un peu. Entrons dans ce petit bistro. Asseyons- nous . Je vais te
raconter le reste.
  Si on continue la rue Ordener, on arrive à la mairie du dix-huitième. Je m
’y suis mariée. Et un peu plus tard, je me suis mariée à l’église. Mon mari
n’y voyait aucun inconvénient, après avoir déclaré que « pour une thune de
plus il voulait bien être bouddhiste ».
Avec mon mari, j’ai des souvenirs de Paris, à Montmartre et ailleurs. Avant
notre mariage, Place Clichy où nous sommes passées tout à l’heure, chez
Charlot, les spécialités de poissons faisaient nos délices. Mais notre joie,
c’était de repérer dans ce haut lieu des fruits de mer, un pauvre mec qui
détestait ça et qui s’était laisser entraîner par surprise, se consolant
comme il pouvait avec un plat de spaghetti bolognaise.

- On dirait qu’on a fait le tour de Montmartre par la base.
- Pas tout à fait. On a sauté quelques chapitres, mais en gros tu as raison.
 Avec mon mari, à cette époque, on a vu tous les films d’Orson Welles. Ou
alors on traînait rue de Seine devant les galeries de peintures. On a acheté
un hamster, quai de la Mégisserie, qui nous a pourri la vie pendant deux
ans. Nous déjeunions chez Roger la Grenouille qui nourrissait les clochards
de son quartier . Nous avons  découvert Paul-Louis Courrier, acheté «  Les
Mémoires d’un Truand » de Trignol (il est encore à la maison ce livre-là),
salué l’immeuble du cher Blondin, Quai Voltaire,  et acheté quatre fois «
Monsieur Jadis »pour ceux qui méritent de le lire. Je n’oublie pas Raoul
Ponchon :
«  Je hais les tours de St-Sulpice
Quand par hasard
Je les rencontre
Je pisse
Contre… »
 De cette époque aussi, l’émotion intense, à la première lecture du Voyage
au bout de la nuit de L.F Céline.

    Si bien qu’il nous reste à remonter la butte Montmartre par la face
nord, que je connais moins bien, mais qui est la plus célèbre par les
escaliers assez raides, pour ses jardinets tranquilles d’un autre siècle,
les ravissantes rues de Saules et [rue] Saint-Vincent, sans oublier les
vignes, les petits cafés, vestiges des caboulots d’autrefois, le Lapin Agile
(en référence à André Gill, petit poète du Chat Noir) , les ateliers d’
artistes, les boites à  jazz…Jusqu’en
1918 les peintres les plus connus et quelques autres ont habité dans cette
partie de Montmartre. Ils ont ensuite émigré vers  le quartier Montparnasse.
Mais ils ont laissé ici comme un sillage de gaieté et de liberté.
- On s’en va ?
- D’accord.. Une dernière petite chose : T’as compris ce que je pense du
Sacré Cœur ?
Ce genre de bâtisse sans élégance, qu’on obtient souvent en mélangeant des
styles bâtards, je n’en pense pas vraiment du bien.
 Mais, par contre,  à coté du Sacré-Cœur, n’oublie pas une des plus jolies
églises de Paris , l’église St Pierre. Et autour, quelques tombes,  parmi
lesquelles, celles d’ Utrillo et Marcel Aymé . Deux mecs de mon quartier qui
valent vraiment le déplacement.


Aglaé

 

Posté à 11h28 le 13 janv. 14

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Aglae

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Dans la Mairie du 18ième, au cœur de ce quartier, se sont mariés Louis Ferdinand Céline en Février 1943... et nous les Doudou, en Juin 1954...60 ans bientôt!

Posté à 11h39 le 13 janv. 14

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Pierre

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Tu veux que je te dise? je suis emballé.

Et puis le sacré coeur me fait penser à la Commune... puisqu'il a été fait en réaction... (Quand nous chanterons le temps des cerises...).

Posté à 16h30 le 13 janv. 14

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Aglae

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merci Pierre!

Rues de ma jeunesse

C’est un amour très ordinaire
Rue Ordener
Y avait moi
Y avait Paulo
Rue du Poteau

Rue du Mont Cenis
Fallait monter
On arrivait tout ramollo
Av’nue Junot

On s’embrassait rue St Vincent
Y avait personne
Jusqu’à la rue St Eleuthère
C’était désert

On descendait par les jardins
Devant l’église
Les toits d’Paris nous plaisaient bien
Au temps des c’rises

En bas y avait la rue Ronsard
Pour nos amours
Fallait rentrer il ètait tard
On court on court

Aglaé

Posté à 12h20 le 14 janv. 14

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Aglae

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Image BBCodeje mets un aglablo ce soir!
"On papote'
Une toile offerte à Marlène Toutain, peintre au Havre!

Posté à 12h23 le 14 janv. 14

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Marcek

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Quand Agla raconte sa vie, c'est du nanan ! On en redemande ! Quel régal !
Du foie gras, des ortolans, du caviar....

Posté à 14h55 le 14 janv. 14

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Ancienmembre

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Je suis pour la défense des animaux terrestres, aériens et aquatiques.

Bizouilles, m'Aglaschtroumpf ! Je reviens te lire dès que possible.

Posté à 16h15 le 14 janv. 14

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Pierre

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moi aussi je défends les animaux, surtout les canards gras, les chapons, et les chats entiers.

Posté à 16h50 le 14 janv. 14

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Ce membre a souhaité la suppression de tous ses messages, désolé pour la gène occasionnée

Posté à 21h21 le 18 janv. 14

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AR_d_N

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..oh moi j'préfère les p'tits rats
de l'Opéra...et Chat-qui-rat...

Posté à 23h08 le 18 janv. 14

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Marcek

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Et moi, Ratvitrôt, rôtenta rat, ratmitpattarôt, rôtbrûlapattarat

Traduisez...

Posté à 23h33 le 18 janv. 14

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Ce membre a souhaité la suppression de tous ses messages, désolé pour la gène occasionnée

Posté à 17h03 le 22 janv. 14

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Ce membre a souhaité la suppression de tous ses messages, désolé pour la gène occasionnée

Posté à 17h23 le 22 janv. 14

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Pierre

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Citation de Plumette :
J'ai été censurée, alors qu'on me traine moi et mes proches dans la boue!!!!!!!!!!!


Ca faisait un peu qu'on n'avait pas eu de martyre...

Posté à 17h49 le 22 janv. 14

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Ce membre a souhaité la suppression de tous ses messages, désolé pour la gène occasionnée

Posté à 18h42 le 22 janv. 14

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