Il faut pourtant écrire, témoigner...
La Madone
Peut-être la surprendrez-vous
Cachée sous une dune blonde
Portant un enfant à son cou ?
Vous penserez qu’elle est féconde
Drapée dans sa robe safran
Aux pans légers s’ébouriffant.
Elle enfle au vent chaud du désert
Ses flancs arrondis de promesse.
Vous la verrez, la femme fière,
Prendre à l’argile sa noblesse.
Peut-être la surprendrez-vous,
La Madone debout.
Là-bas, dans les palétuviers
Des feux de roquettes déchirent
Le bleu du ciel noir de mortier.
Ses frères, son père, s’en vont rougir
Les eaux du fleuve dont la reine
Plus ne veille sur ses enfants.
Comme l’ébène qu’on enchaîne
Vont s’engloutir les talismans
Et les flamants en désarroi
Fuient la Mangrove qui les cloue.
Au loin, vous la verrez, parfois
La Madone à genoux.
Son ventre crie la délivrance.
Ô sombres yeux dont la détresse
Aura raison de sa vaillance.
La vie, la mort, tous deux oppressent.
Dans cet enfer, un sang nouveau
Perdrait trop tôt son innocence,
Rejoindrait vite le tombeau.