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A genoux, devant notre lit froid,
La tête enfouie dans l’oreiller,
J’attends… jusqu’au bout de la nuit,
Que Cinq coups sonnent à l’église de Grenade.
Et je me lève enveloppée de sommeil.
Le cou tendu à la fenêtre de mon bureau,
J’essaie de remanier un dernier texte.
Je suis à l’écoute de ton retour.
La vieille saxo anime d’un soupir courbaturé
Par le poing des ans, l’impasse
Où nous avons posé notre vie
Mais devant chez nous, la place est prise.
Et je vais pieds nus à ta rencontre
Par les venelles de la bastide.
Tu m’accueilles, d’un baiser désapprobateur.
J’attends… j’attends quelquefois longtemps,
Parce que la relève n’était pas au rendez-vous.
C’est dit dans le contrat, tu restes à ton poste.
La boulangerie vient juste de lever le rideau.
Au coin de la table, j’ai posé le thé et les croissants chauds.
Je compte tes égratignures, trésors du labeur accompli.
Ce matin, brisé de fatigue, tu n’iras pourtant pas te coucher… Voilà !
Tante Julie et le Raymond sont arrivés
Et la maison prépare l’évènement.
C’est déjà la saison des palombes
Qui fuient le tir du chasseur et les brumes.
Avec les premières gelées, les haricots
Dans les champs ne résistent pas.
Le temps du maïs a passé et dès demain,
Je te garderai pour accueillir ces petits
Qui agrandissent déjà le cercle de la famille.
De nouveau, on aura le temps de s’aimer.
Mais je sais, qu’au printemps à Bordères,
Cette vieille maitresse, la traitresse te reprendra
À ses chaines et tu te soumettras, pour quelques sous
… C’est le travail qui nous nourrit.
Et j’écrirai
… car c’est le métier que j’ai choisi.
Assise devant une page vide,
La tête enfouie dans mes mains,
Je m’étire puis ferme les volets
Aux premiers frimas de l’automne.
Je viens de terminer ce poème.
C’est dimanche et l’Angélus sonne.
Perle aux vitres, la pluie qui pourrit
Les légumes sur le champ
… J’aime la pluie
Et j’attends…
Jusqu’à la fin du jour,
Ton retour.