Des amours de Qays – Majnûn, le fou - et de Layla (VIIè siècle)
Aragon reprend et transpose d’Irak à l’Espagne de Boabdil cette légende du Medjnoûn pour écrire « Le Fou d’Elsa ».
Ne sois pas triste, ô cœur, ou bien meurt de chagrin :
Nos tourments ici bas trouvent toujours leur fin.
Tu aimes une femme, elle est le paradis,
Et seul le paradis pourra te la donner.
Ainsi, cherche ta voie, aspire à posséder
Ce qui, jour après jour, doit t’échapper ici.
Tu aimes une femme aux beaux airs de gazelle :
Sa grâce ensoleillée captive les regards.
Les entrailles en feu, le cœur au désespoir,
Supplicié, je pleure ; à mon amour pour elle,
De mes larmes sans fin le flot se renouvelle.
D’un amour passionné les larmes sont la preuve,
Et le cœur affligé n’a pas meilleur témoin
De la peine secrète où le met à l’épreuve
Une vierge gracieuse et e chaste maintien.
Si seulement les jours heureux se répétaient !
Las ! Qui les vit jamais revenir sur leur cours ?
Allons ! Console-toi, montre ta fermeté,
Car le temps ne tue pas, mais accroît ton amour.
Revoir Layla ! Elle est si loin, trop loin ! L’envie
A fait son œuvre : entre elle et moi, tout est changé.
Jusques à quand vas-tu, pauvre cœur, t’affliger ?
Mon mal a trop duré : Seigneur entends mon cri !
Il n’est si long exil qui me sépare d’elle :
Layla me reste au cœur, et ma voix renouvelle
Cette plainte qui passe aux fentes du roseau.
« Tu l’aimes, me dit-on, mais elle est ton bourreau.
- Vive donc le bourreau ! Je l’aime, il est si beau ! »