Crépuscule

Par : Lasource
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Lasource

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Pour Jim

Depuis la plage où je rêve
Dans l'amitié de la mer
Je vois la nuit qui se lève
Face à des rougeurs d'enfer :
Au loin le soleil se couche
En vomissant par la bouche
Un sang que rien ne retient...
Le soir engourdit la ville ;
Eros au carquois fertile
Dans le lit des belles vient.

Entends, dans l'heure tardive,
Ce frais murmure fervent
Qui sur l'air du large arrive :
C'est, depuis l'Île-au-Couvent,
Avec l'angélus qui sonne,
La voix pure d'une nonne
Qui plane sur le plain-chant
Pour une longue prière,
Tel un oiseau de lumière
Survolant l'or du couchant.

A l'horizon quelques voiles
Blanches sur le ciel violet
Nous désignent les étoiles
Qui naissent de leur reflet.
Le pêcheur surpris remarque
Dans l'eau du fond de sa barque
Que l'une d'elles sourit :
Comme si l'Inaccessible
Dans ses filets, comme au crible,
Nonchalamment s'était pris.

L'ombre épaissit dans la chambre
Et vampirise les fleurs
Dont se répand l'odeur d'ambre
Et s'éteignent les couleurs.
Ainsi qu'Héra dans la nue,
Sur les draps tu m'attends, nue,
Me prendrais-tu pour Ixion ?
L'heure est aux métamorphoses,
On voit s'animer les choses,
Même l'armoire en faction :

Ses miroirs soudain s'emplissent
De spectres inexpliqués ;
J'noûn's et lutins bleus se glissent
Sous les lourds buffets laqués.
Tandis que je m'illusionne,
La chatte en passant ronronne,
Sautant sur le lit désert.
Adieu, muse de mes songes !
En quel sommeil tu me plonges,
Belle étoile de mes vers !...

Un néant rempli de lunes
Et des chants du rossignol...
De miroitantes lagunes
Où, les yeux cernés de khôl,
De mignonnes égyptiennes,
- Fines déesses ou reines -
Seins bruns et lin transparent,
Pour de doux ébats m'attendent ;
Là-bas mes désirs se rendent
Comme des fous, en courant !

Depuis la plage où je rêve
Dans l'amitié de la mer
Je vois la nuit qui se lève
Face à des rougeurs d'enfer :
Au loin le soleil se couche
En vomissant par la bouche
Un sang que rien ne retient...
Le soir engourdit la ville ;
Eros au carquois fertile
Dans le lit des belles vient.


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Jim

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Plutôt réussi ce "à la manière de" bâti sur le modèle d'"Aurore".
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Lasource

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C'était juste pour te faire plaisir... Avé !
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Jim

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Mais cela me fait plaisir ! Et je le prends comme un cadeau. Tiens, c'est mon anniversaire, ça tombe bien...
J'ai dit déjà ce que je pensais de ton écriture, et n'ai aucune raison d'y revenir.
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Evemarie

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Bon anniversaire Jimmy. Moi, c'est aujourd'hui et de plus, c'est la journée de la femme.
Je n'ose pas demander un poème à Lasource, je profite de celui-ci.
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Pierre

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Comme je n'aurais pas pensé à Hugo en lisant... J'ai été vérifier (bonheur du net)pour comparer les constructions.
Jim c'est quand même pas foutu pareil si?
Chez Hugo, la reprise systématique de la rime du second vers en fin de strophe et le fait qu'il n'y ait que trois rimes similaires par strophe ne donne pas du tout les mêmes respirations... L'addition de deux rimes supplémentaires (je ne sais pas si on dit ça comme ça) chez Lasource enlève cette légèreté qu'offre l'aurore, mais qui ne convient pas si mal que ça au crépuscule!
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Jim

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Pierre, il s'agit de "Aurore" de Paul Valéry, pas du Victor.
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Jim

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Alors, Evemarie, autant de bisous que de mois...
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Pierre

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ah celui la je ne le connais pas! je vais voir ça!! 😎
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Jim

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Pierre, je l'avais posté, là : http://lespoetes.net/forumvoirtopic.php?t=2909

Rien à voir avec celui d'Hugo :

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t'en venir dans les champs ?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c'est le mois où l'on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?

Elle essuya ses pieds à l'herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! Comme les oiseaux chantaient au fond des bois !

Comme l'eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.
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Pierre

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Je viens de le lire...
Le sens m'échappe un peu...
Ces "similitudes amies" ces "sourires jumeaux" ... Je me trompe ou c'est chaud bouillant?
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Pierre

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Pourquoi mets-tu ce poème?
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Jim

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Valéry, Pierre, intellectualise tout, il fait symbole de tout feu, pour cela, même le froid (de l'expression) couve une ardeur.

Sinon, j'ai placé celui d'Hugo auquel tu te référais (in "Les Contemplations"), à moins qu'il ait un homonyme du même Victor auquel je n'ai songé, mon ignorance est si grande...

Oups ! Tu pensais à "L'aurore s'allume" du même. On peut se demander si Valéry n'a pas réagi à celui-ci ?

I

L'aurore s'allume ;
L'ombre épaisse fuit ;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit ;
Paupières et roses
S'ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit.

Tout chante et murmure,
Tout parle à la fois,
Fumée et verdure,
Les nids et les toits ;
Le vent parle aux chênes,
L'eau parle aux fontaines ;
Toutes les haleines
Deviennent des voix !

Tout reprend son âme,
L'enfant son hochet,
Le foyer sa flamme,
Le luth son archet ;
Folie ou démence,
Dans le monde immense,
Chacun. recommence
Ce qu'il ébauchait.

Qu'on pense ou qu'on aime,
Sans cesse agité,
Vers un but suprême,
Tout vole emporté ;
L'esquif cherche un môle,
L'abeille un vieux saule,
La boussole un pôle,
Moi la vérité !

II

Vérité profonde !
Granit éprouvé
Qu'au fond de toute onde
Mon ancre a trouvé !
De ce monde sombre,
Où passent dans l'ombre
Des songes sans nombre,
Plafond et pavé !

Vérité, beau fleuve
Que rien ne tarit !
Source où tout s'abreuve,
Tige où tout fleurit !
Lampe que Dieu pose
Près de toute cause !
Clarté que la chose
Envoie à l'esprit !

Arbre à rude écorce,
Chêne au vaste front,
Que selon sa force
L'homme ploie ou rompt,
D'où l'ombre s'épanche ;
Où chacun se penche,
L'un sur une branche,
L'autre sur le tronc !

Mont d'où tout ruisselle !
Gouffre où tout s'en va !
Sublime étincelle
Que fait Jéhova !
Rayon qu'on blasphème !
Œil calme et suprême
Qu'au front de Dieu même
L'homme un jour creva !

III

Ô Terre ! ô merveilles
Dont l'éclat joyeux
Emplit nos oreilles,
Éblouit nos yeux !
Bords où meurt la vague,
Bois qu'un souffle élague,
De l'horizon vague
Plis mystérieux !

Azur dont se voile
L'eau du gouffre amer,
Quand, laissant ma voile
Fuir au gré de l'air,
Penché sur la lame,
J'écoute avec l'âme
Cet épithalame
Que chante la mer !

Azur non moins tendre
Du ciel qui sourit
Quand, tâchant d'entendre
Je cherche, ô nature,
Ce que dit l'esprit,
La parole obscure
Que le vent murmure,
Que l'étoile écrit !

Création pure !
Être universel !
Océan, ceinture
De tout sous le ciel !
Astres que fait naître
Le souffle du maître,
Fleurs où Dieu peut-être
Cueille quelque miel !

Ô champs ! ô feuillages !
Monde fraternel !
Clocher des villages
Humble et solennel !
Mont qui portes l'aire !
Aube fraîche et claire,
Sourire éphémère
De l'astre éternel !

N'êtes-vous qu'un livre,
Sans fin ni milieu,
Où chacun pour vivre
Cherche à lire un peu !
Phrase si profonde
Qu'en vain on la sonde !
L'oeil y voit un monde,
L'âme y trouve un Dieu !

Beau livre qu'achèvent
Les coeurs ingénus ;
Où les penseurs rêvent
Des sens inconnus ;
Où ceux que Dieu charge
D'un front vaste et large
Écrivent en marge :
Nous sommes venus !

Saint livre où la voile
Qui flotte en tous lieux,
Saint livre où l'étoile
Qui rayonne aux yeux,
Ne trace, ô mystère !
Qu'un nom solitaire,
Qu'un nom sur la terre,
Qu'un nom dans les cieux !

Livre salutaire
Où le cœur s'emplit !
Où tout sage austère
Travaille et pâlit !
Dont le sens rebelle
Parfois se révèle !
Pythagore épèle
Et Moïse lit !
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Michèle Corti

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C'était quand même un satyre que ce Toto ! Bon, pardonne-moi cette intrusion dans tes roseaux, lasource !
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Jim

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Oui Marcek, Juju appréciait le chaud Totor, au pied du lit plutôt qu'en ce ciel platonicien du lit.