MARAVILLA (conte d'enfance de ma grand-mère)

Par : Mariadolores
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Mariadolores

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Il était une fois, dans un pays lointain près d’une mer, une jolie maisonnette où vivaient un père et sa fille.
Le père, commerçant, attendait des nouvelles d’un de ses bateaux qui devait arriver sous peu.
Le matin, pour se rendre à la ville afin de se renseigner, il promit à sa fille, aussi belle que douce, qu’il lui ramènerait la plus jolie chose qu’il trouverait.
Hélas, bateau, hommes et biens avaient sombré ; le père était ruiné, sans un sou, mais il se souvenait qu’il avait promis un cadeau à sa fille…
Il erra un long moment sur la plage, sans savoir ce qu’il allait faire, puis, en s’approchant de l’eau, une petite chose s’était échouée, un petit animal. Il le prit et se dit : « Voilà le cadeau que je vais offrir à ma fille. »
La jeune fille adopta l'animal, non sans remercier son père de ce présent, et prit bien soin du petit compagnon. La petite bête fut baptisée MARAVILLA.
Pendant ce temps, son père, pensant qu’il ne pourrait subvenir à leurs besoins, se décida à épouser, en secondes noces, une femme aisée qui, elle-même, avait une fille. Toutes deux étaient aussi laides que méchantes, mais le père n’en sut jamais rien, car, peu de temps après, il décéda brutalement.
Alors, pour la douce et belle jeune fille, commença un vrai calvaire.
Dans le même temps, l’animal, MARAVILLA, prenait de plus en plus de place dans son bocal. La jeune fille qui en prenait soin finit par se décider à lui rendre sa liberté, car, de jour en jour, il grossissait.
« Si un jour tu as besoin de moi, lui dit MARAVILLA, viens près de la mer et, par trois fois, prononce mon nom : MARAVILLA, MARAVILLA, MARAVILLA, et, où que je sois, je viendrai. »
C’est ainsi que s’acheva la rencontre de la jolie jeune fille et de MARAVILLA.
 
À l’aube d’une nouvelle journée où la belle jeune fille s’attelait aux corvées que sa marâtre lui demandait, le coursier du roi annonça qu’il recherchait la plus jolie fille du royaume pour épouser son fils, et qu’un bal aurait lieu, dans les six mois à venir, afin que toutes les jeunes filles puissent se présenter.
Hélas, la marâtre, jalouse de la beauté de sa belle-fille, conspua avec sa fille et décidèrent ensemble de lui arracher les yeux, puis la jetèrent à la rue.
À tâtons, elle erra dans les rues de la ville, ne sachant où elle allait vraiment, quand, à force de marcher, ses pieds sentirent la froideur humide d’une eau. Elle se baissa et huma l’air marin qui, dans sa mémoire, lui rappela sa vieille amitié. De trois mots, elle l’appela :
MARAVILLA, MARAVILLA, MARAVILLA.
Une énorme bête sortit de l’eau en poussant de grands souffles : « Frou, frou, frou. »
- « Que t’arrive-t-il ? » demanda l’animal.
- « Je ne vois plus rien, ma belle-mère et sa fille m’ont arraché les yeux. »
- « Ne t’inquiète pas, va à l’orée du bois où pousse un figuier, ramasses-en les fruits, puis retourne dans la ville et crie : "Des figues pour des yeux", et quand ce sera fait, reviens me voir. »
La jeune fille fit ce qu’elle lui avait dit, sans même se déguiser pour ne pas être reconnue.
À ses premières criées, sa belle-mère et sa fille, faisant leurs courses et toutes deux friandes de figues, échangèrent sans malice les yeux qu’elles avaient ôtés à celle-ci.
Retournant voir son ami, qui apparut après l’avoir appelé trois fois : MARAVILLA, MARAVILLA, MARAVILLA.
L’animal monstrueux sortit de l’eau, puis délicatement prit les yeux, les mouilla et, comme par magie, les posa à l’endroit du visage où ils prenaient place. Sa beauté fut sans pareille et le jour du bal arriva.
Elle se présenta et, de sa seule beauté rayonnante, épousa le fils du roi.
Quant à la monstrueuse MARAVILLA ? Elle coule des jours heureux au plus profond des abysses.