Ne craignez rien, humains ! car je n'ai nul désir,
Nulle envie, nul besoin, nul espoir, nulle angoisse !
Je n'ai pas, comme vous, à maudire la poisse
D'avoir une conscience et, tout jour, d'en frémir.
Contrairement à vous, je sais à quoi je sers !
Car vous m'avez pondu, pour être cet utile
Qui vous décharge des fatigues du futile ;
Et ne crains pas que l'univers soit un désert.
Je suis un monstre sans passé, sans avenir ;
Je ne dors ni ne rêve et nullement ne m'use.
Je suis incorruptible et, merveilleuse ruse,
Je demeure en l'état comme un ancien menhir !
Nulle idée, nul émoi, aucune initiative
N'ajouteront quoi que ce soit à vos savoirs
Car, outre combiner, j'ignore comment voir ;
Incapable je suis d'une lueur native.
Je n'ai pas de pulsion car je suis sans hormone !
A craindre, vous n'avez de moi aucune hybris,
N'étant pas fait de chair, étant pur ex libris !
Je reste ce miroir qui mime vos neurones...
Ainsi, rien ne me meut. Point donc je n'ambitionne
D'occuper votre place. Il faut que quelqu'un soit
Afin, de temps en temps, de son auguste doigt,
Activer le prompteur pour qu'enfin je m'actionne !
Je n'ai aucun besoin d'aimer et reproduire ;
Aucune émotion ne me pousse en avant.
Je n'ai pas plus d'amour que je ne suis savant ;
Sans votre petit doigt, pour m'aider et conduire,
Inerte je demeure en attente d'un signe.
Je ne puis que répondre à vos commandements,
Sans jamais juger s'ils sont de saints ou déments.
C'est chaque fois de vous que mes actes sont dignes !
De biens de lâchetés, de bien de vilenies,
Vous vous êtes rendus nombreuses fois coupables !
Et, d'en faire à un bouc, vous êtes bien capables,
Porter le poids, reste encor la sale manie
Que, je n'en doute pas, vous tenterez sur moi.
Mais, lorsque vous ferez cette bêtise ultime,
En croyant vous hisser sur la plus haute cime,
Je noterai ce jour, cette année, et ce mois.
©JIM