Le melting pot de mots

Par : Lau
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Lau

Posts: 3043

Membre



Les mots, ces mots français grâce auxquels on voyage,
Latins, pour la plupart, du lexique, maillage
Et glissement du sens et du son sur mille ans,
Les noms, ces noms d’oiseaux, des moineaux aux milans,
De la guerre à l’amour, depuis le babillage

Au monologue grec, avec ou sans hapax,
D’un timide incipit à l’étoilé climax,
Usant de l’antonyme en jurant l’homophone,
Quand du matin, satyre à l’après-midi, faune,
L’Hellène au Romain donne un air de contumax.

Anyway, l’émotion, mais surtout le commerce
Oh my god ! Qu’est-ce trou, cette incroyable gerce ?
- Te souviens-tu, Darling, tu jetas ton chewing-gum,
En plein sur le parking, il restait du bacon
But it’s raining again, what a fucking averse !

Aujourd’hui, ramadan, donc point de déjeuner,
Sucre, alcool, abricot, walou, rien n’amener ;
Lors s’occuper du chiffre et faire un peu d’algèbre
Et si c’est trop coton, le hasard sur la lèvre,
Attendre le zénith, l’azur, imaginer.

- Je passe. Eh t’as du feu ? J’allume une Gauloise,
Au temps de l’alouette, auprès de quelque eau d’Oise,
Près la bruyère, marche et j’aime ce chemin,
T’embrassais sous le chêne, et sur son ton sein ma main,
Ruth, Graziella, Jenny, Tassadit ou Françoise.

Complexe est cette langue, est notre toit, pardi !
Quand du krak à l’igloo, du sweet home au gourbi,
Comme l’on déménage et comme on emménage
Sur la route, Babel, en suivant ce nuage
A vivre de sa pluie aux portes du tipi.


Certains en paréo, d’autres en anorak
A siffler du raki, s’enfiler de l’arak
Tchin-tchin ô mes Amis ! Et soufflons sur les braises,
Il nous reste au dessert d’appétissantes fraises,
Fraternité du mot, peulh, islandais, kanak !
Avatar

Salus

Posts: 8649

Membre


Surprenant, virtuose et réjouissant !
- Y revenir pour saisir chaque facette,
Les clins d'yeux, les références se hissant
Sur un parler divers d'où le ton fat cède.
Avatar

Jim

Posts: 5215

Membre

Dès lors qu'on ne ferme pas la porte aux flux entrants, la langue s'enrichit, sous réserve que l'acquis ne s'amenuise pas par défection programmée, que le présent ne se réduise pas à la fine couche de l'actuel le plus immédiat. A creuser sa langue, on découvre ses racines mêlées à d'autres dites étrangères. En remontant le temps, pour comprendre notre langage quotidien, par de-là le français dit ancien et déjà fort divers de langues locales, on recontre les vestiges toujours actifs, non seulement du latin et du grec, de l'arabe autant que du germain, voire du finnois (ham qui donna hameau et Hambourg) et du scandinave flana qui donna flâner (on voit que l'accent circonflexe ne désige pas toujours la perte d'un « s »...). Ainsi, creuser le présent mène à l'ancien, à l'encontre des étranges voisins, et c'est de cela que nous devons constituer le demain. Le contraire de l'assèchement, de l'isolement et du conflictuel. Dans un jardin, sous la surface visible, toutes les racines de fleurs variées s'entrecroisent. Tout poète devrait être philologue, et c'est bien l'orientation choisie par l'institution civilisante...
N'étant pas un héritier, il me faudrait 50 ans de plus pour savoir enfin où aller et mettre sur pied le moyen d'y aller. Mais les héritiers ont d'autres buts plus restreints.
Avatar

Arielle

Posts: 1068

Membre

La richesse de Babel plutôt que sa perte : un melting pot réjouissant qui fut et sera toujours le creuset de notre langue. Merci pour ce bel exemple.