Songeur,
Bonjour et, espérons le, à bientôt !
C’est toujours avec regret que l’on voit un auteur menacer de reprendre sa liberté au détour d’un chemin, surtout lorsqu’il arme sa retraite de si belles références.
Vous invoquez Voltaire, Fréron et Destouches pour justifier votre départ. Permettez moi de leur opposer Montaigne, qui rappelait fort justement que « la parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l'écoute ».
Il y a sans doute une méprise sur le sens de ce nouveau fonctionnement. Il n’a jamais été demandé à quiconque d'endosser l'habit du censeur ni d’émettre des jugements doctes. Offrir deux mots au bas du texte d’un confrère ne relève pas de la critique académique : c’est simplement tendre une oreille attentive, dire ce qu’un poème a éveillé en soi ou saluer une image inspirée. Nul besoin d’une « grande maîtrise de son art » pour partager une émotion.
Quant au « ticket de rationnement », l'image est piquante, mais le système ressemble davantage à une auberge espagnole. Que serait en effet un espace de liberté où chacun viendrait clamer ses vers avant de repartir aussitôt en se bouchant les oreilles ? Ce ne serait plus un lieu d'échange, mais une juxtaposition de monologues.
La liberté poétique s’épanouit dans le partage, non dans la seule exposition de sa propre plume. Si l’enfer est pavé de bonnes intentions, le désert littéraire, lui, est pavé de solitudes qui s’ignorent.
Votre décision vous appartient et nous la respectons, mais la porte reste grande ouverte si le cœur vous en dit de revenir échanger quelques impressions — et non des jugements — avec vos pairs.
Au revoir et bonne continuation !